Roule Galette

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Roule galette #26 - NEU! 75 ( 1975, Brain)

Au début des années 70, l’Allemagne de l’Ouest voit apparaître une scène musicale très particulière que la presse britannique appellera plus tard le krautrock. Ce terme est d’ailleurs plutôt réducteur, parce que les groupes concernés n’avaient pas forcément l’impression de faire partie d’un même mouvement. Mais ils partageaient une idée : rompre avec le rock anglo-américain traditionnel, avec ses structures blues, ses formats classiques, et inventer une musique plus libre, plus expérimentale, plus ancrée dans le présent.

Parmi ces groupes, on trouve par exemple Can, Faust, Cluster, ou encore Amon Düül II. Mais l’un des projets les plus radicaux et les plus influents reste Neu!.

Neu! est fondé en 1971 à Düsseldorf par deux musiciens : Klaus Dinger et Michael Rother. Tous les deux ont brièvement fait partie de Kraftwerk à ses débuts. À l’époque, Kraftwerk n’est pas encore le groupe électronique que l’on connaît aujourd’hui ; c’est plutôt un laboratoire sonore où se rencontrent rock expérimental, improvisation et musique contemporaine.

Dinger et Rother quittent rapidement Kraftwerk pour développer leur propre vision. Leur idée est assez simple mais très radicale : créer une musique basée sur la répétition, sur le mouvement continu, presque comme une route qui défile sans fin. Klaus Dinger développe alors ce qui deviendra l’un des éléments les plus célèbres du groupe : le rythme motorik. C’est un battement très régulier, très droit, souvent joué à tempo moyen, qui donne une sensation d’élan permanent. Ce n’est ni vraiment du rock, ni vraiment de l’électronique, mais une sorte de pulsation mécanique et hypnotique.

Après leur premier album en 1972, Neu! enregistre très rapidement un second disque : Neu! 2, qui sort en 1973. Ce deuxième album est devenu presque aussi célèbre que le premier, mais pour une raison assez particulière.

La moitié du disque contient de nouveaux morceaux dans la continuité du style du groupe : longues pièces répétitives, guitares planantes de Michael Rother, et le fameux rythme motorik de Klaus Dinger. Mais le groupe se retrouve alors face à un problème très concret : les nouvelles idées ne viennent pas immédiatement , le budget du label est épuisé et ils n’ont plus assez d’argent pour enregistrer de nouveaux titres pour la seconde face.

Plutôt que d’abandonner le projet, ils prennent une décision assez radicale : remplir la face B en manipulant les morceaux de la face A. Ils passent certains titres en vitesse accélérée, d’autres au ralenti, certains sont passés à l’envers ou transformés par le montage. À l’époque, ce genre d’idée est assez inédit dans le rock. Ce qui était au départ une contrainte financière devient finalement une expérimentation sonore très audacieuse.

Mais après ce disque, la situation devient compliquée pour le groupe. Les ventes restent modestes et les tensions artistiques entre Dinger et Rother commencent à apparaître.Ils tentent une tournée en incluant Moebius et rodelius de cluster mais ça ne fonctionne pas .  Les deux musiciens prennent alors des chemins un peu différents. Michael Rother se consacre à son autre projet, Harmonia, qu’il forme avec Cluster, et commence aussi à travailler sur sa carrière solo. De son côté, Klaus Dinger développe des idées plus directes, plus énergiques, qui annoncent déjà l’esthétique qu’il explorera plus tard avec son groupe La Düsseldorf.

Pendant presque deux ans, Neu! reste donc en sommeil. Ce n’est qu’en 1975 que les deux musiciens se retrouvent pour enregistrer ce qui deviendra leur troisième album, Neu! '75.

Et cette période de séparation se ressent clairement dans le disque. Plus que les précédents, il donne l’impression de rassembler deux visions musicales différentes. 

La première moitié de l’album correspond plutôt à l’univers de Michael Rother : une musique atmosphérique, planante, presque contemplative, où les guitares se déploient lentement sur des rythmes souples. C’est une musique très ouverte, presque cinématographique, qui influencera beaucoup de musiques ambient et post-rock des décennies suivantes.

La seconde moitié de l’album est beaucoup plus brutale et directe. Là, on entend surtout l’influence de Klaus Dinger. Les morceaux deviennent plus nerveux, plus électriques, presque agressifs. Le titre “Hero”, par exemple, est souvent considéré comme une sorte de préfiguration du punk, deux ans avant l’explosion du mouvement en Angleterre.

Cette opposition entre les deux faces du disque donne à Neu! ’75 un caractère très particulier : c’est à la fois un album contemplatif et un album presque proto-punk. Deux visions différentes de ce que peut être le rock expérimental des années 70.

Même si Neu! n’a jamais connu un grand succès commercial, leur influence est immense. Leur manière d’utiliser la répétition et la pulsation a marqué des artistes très différents : David Bowie et Brian Eno pendant la période berlinoise, mais aussi plus tard des groupes comme Stereolab, Sonic Youth ou toute une partie de la scène indie et électronique.

Aujourd’hui, Neu! ’75 reste l’un des disques essentiels pour comprendre comment, au milieu des années 70, certains musiciens européens ont commencé à imaginer une autre façon de faire du rock : moins centrée sur la virtuosité, plus basée sur le rythme, la texture et l’hypnose sonore.

Nous allons démarré cette semaine , non pas avec ISI , qui ouvre l’album , mais par  le premier morceau de Neu ! que j’ai entendu : seeland . C’était chez un chez un disquaire Londonien , le fameux Selectadisc, remplacé depuis par Sister Ray  , dans Berwick street à Londres, et immortalisé sur la pochette du deuxième album d’Oasis , what’s the story morning glory .  

C’était lors d’une de  ces journées marathon à Londres .  Lever 5 heures pour rejoindre le port de calais , prise d’un billet piéton à l’arrache pour 5 francs .traversée maritime où l’on ne pouvait s’empécher de faire une référence à la croisière s’amuse . 

Arrivée à la gare de Douvres pour prendre un fameux English breakfast en attendant le train qui nous amenait à Londres . Une fois sur place, achat de la one Day travel card , puis le circuit commençait , principalement autour de Berwick  et Oxford street, même si on aimait bien démarrer à Marble arch , car ça me rappelait une chanson de Blueboy , que j’adorais . Selectadisc n’était pas forcément le disquaire où l’on passait le plus de temps , on cherchait plus les disques de secondes mains , type Mister  CD , bien plus intéressants financièrement , le marché de la seconde main étant nettement plus important en Angleterre qu’en France . Chez Selectadisc , c’était plus pour combler la liste de disques neufs que l’on avait remplie en feuilletant Magic, les Inrocks , l’indic … ou le NME acheté à Douvres . On regardait assez peu les disques autres  , freiné par notre budget déjà bien trop conséquent au regard de notre salaire . Mais comme ces disquaires étaient nettement mieux rangés que les capharnaüm de master cd , on y restait quand. Même un peu histoire de  se reposer mentalement … Je me souviens notamment avoir découvert là -bas l’album de radar Bros sur lequel on reviendra un de  ces jours  dans roule galette . Mais revenons , à ce NEU !  75 . Je regarde les bacs, quand ma tête se laisse emportée par ce SEELAND , douceur hypnotique  suffisamment marquante  pour que je calme un peu ma frénésie de recherches dans les bacs à cd ( oui  , nous étions vers 1996 ou 97  et le vinyle n’était pas redevenu la nouvelle poule aux oeufs d’or de l’industrie musicale) . Je garde ça en tête ,en me disant que je demanderais bien ce qui passe en ce moment au vendeur , mais partagé entre timidité et faiblesse linguistique,  je préfère attendre un peu . 

Toujours en direct de  Selectadisc, je trippe comme un malade sur le nouveau tire que je découvre , Leb Whol .  titre  Est ce parce que  je suis  heureux de retrouver un peu de repos en pensant à tout le reste des disquaires qu’il nous reste à faire ? Aurons nous assez de temps pour aller à Camden ? Il ne faut pas oublier de passer chez Reckless ,…  Ah , et j’aimerais bien voir le fameux cheapo cheapo records évoqué dans the gift #2 sur the last supper des bollock Brothers … je sais que c’est dans soho , mais je ne sais pas où exactement …

Ces notes de pianos sur fond de métronome réverbéré  me font complètement oublié où je suis . Pour un peu , j’irai m’asseoir sur le trottoir d’à côté comme Souchon , à contempler la folie autour de moi . La mer arrive et m’emporte, je ne suis plus là . Leb Wohl , Neu! , c’est extrait du disque de la semaine dans roule galette . 

Une guitare  vient  me réveiller de ma douce torpeur . C’est signe qu’il faut repartir , je finalise mes achats , un dernier tour du côté des Virgin prunes ou de Bauhaus , quelquefois que je trouverais une bizarrerie que je n’ai pas . Ce nouveau  morceau me fait  aussi carrément trippé … ça me fait penser à Stereolab ou aux faith’healers … Je vais aller chercher aussi par là avant de passer en caisse . Mon anglais ne s’étant toujours pas amélioré depuis 1/4 d’heure, je vais devoir affronter le vendeur pour lui demander ce qui est en train de passer … je lui donne mes pochettes vides pour qu’il aille chercher les références tout en buvant son mug de thé ( il était quasi impossible de voir un disquaire sans un mug de thé ! ) et je me lance … euh … could you show me the sleeve of what we are listening to ? , ce à quoi il se marre en me disant : you won’t see a lot  ! Effectivement, une pochette noire avec ces 3 lettres NEU et ce point d’exclamation , en blanc , comme un tag . Ah mais c’est ça NEU ! Je l’avais tellement de fois lu dans des interviews sans savoir ce dont il s’agissait  ! J’apprends par la même occasion que ça se prononce Noï et pas neu comme NEUNEU  , bien que c’est vraiment l’impression que j’ai de moi en découvrant ce groupe aussi fondamental  dans ces circonstances … Il me demande You take it ? Et de lui de répondre oh Yes, of course ! . Hero , c’est le titre qu’on écoute aujourd’hui . 

On poursuit l’écoute du disque de la semaine NEU!75 avec ISI . Changement de lieu , changement de temp et d’espace , nous somme  de retour à Calais , le moment favori où l’on peut enfin commencer à écouter tout ce qu’on a glané dans cette journée marathon . Il est pas loin de minuit, on récupère la voiture sur le parking du port et je fouille dans mes sacs  pour chercher ce disque de NEU ! qui me fait bien plus envie que tout les autres disques que j’ai achetés ce jour là . 

C’est ainsi que j’expérimente sur l’A26 le fameux trip autoroutier en écoutant du krautrock . 

A moins d’aller en Allemagne, l’A26 est incontestablement , la meilleure autoroute du secteur pour écouter NEU ! 

Oubliez l’A1 qui bouchonne toutes les 2 kilomètres  . Il n’ya pas mieux que l’A26 vers minuit - 1 heure du matin pour découvrir ISI de NEU ! . Les synthès et piano sont apaisants et vous donneraient presque envie de saluer les deux voitures que vous doublez . La batterie métronomique joue le rôle de régulateur de vitesse absent de la voiture , c’est régulier et on avale les kilomètres dans une sorte de béatitude insouciante . On en oublierait presque la fatigue et le trou dans le budget que cette journée vient de créer …  NEU! ISI , c’est extrait du disque de la semaine dans roule galette . 

Pour finir cette semaine , arrive le choix crucial de choisir entre E-Musik et After eight  les deux morceaux restants sur l’album de NEU! 75.  On choisira after eight , car c’est lors de ce trip anglais que j’ai découvert NEU ! After eight , ça fait tellement plus anglais, on se retrouverait presque dans une  tea room , mais en fait , pas du tout ,  … Il est pas loin de deux heures du matin , nous sommes rentrés à bon port, le temps de s’affaler sur le clic clac  pour regarder tous ces disques achetés  en dégustant un Dillon Ananas sur glace  , on retourne sur ce disque de NEU ! Qui finalement reste le seul dont je me souvienne parmi tous . Comme une impression que ce disque m’accompagnera , longtemps , avec toujours la même incrédulité devant l’énergie , l’inventivité , la paix et la fureur qui ressortent de cette écoute . 

On découvrira les autres disques de Neu! au hasard des brocantes où je trouverais coup sur coup le premier NEU ! Et l’incendie de Brigitte Fontaine et Areski chez Byg  , mais ça , c’est une autre histoire qu’on écoutera peut être une fois prochaine dans roule galette . 

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Roule Galette #25 - MOVIETONE, peel sessions (2022, Textile)

Cette semaine dans Roule Galette, Je vous propose un album un peu plus récent que d’habitude puisque sorti en 2022 .  Oui , nous ne sommes pas que des passéistes , adeptes du c’était  mieux avant , il nous arrive encore d’acheter ou d’écouter des disques récents , même si , nous devons bien l’avouer, l’actualité a une sérieuse tendance à  un formatage qui nous laisse globalement indifférent .Appelez cela le syndrome du vieux con si  vous le souhaitez, peu importe . 

Nous voici donc avec un disque sorti en 2022 chez textile records mais qui s’occupe d’une période qu’on chérit particulièrement , celles des années 90  avec les Peels sessions de Movietione . 

Vous pensiez bien qu’il y aurait un piège !!! 

Au milieu des années 1990, alors que la Grande-Bretagne est dominée par l’exubérance médiatique de la Britpop, une poignée de groupes de Bristol développe à l’écart une scène musicale radicalement différente. Discrète, expérimentale et profondément indépendante, elle repose moins sur un style commun que sur une sensibilité partagée, nourrie par des liens d’amitié, une géographie commune et une approche intuitive de la création. Au centre de ce réseau se trouvent plusieurs formations étroitement liées — Movietone, Flying Saucer Attack, Crescent ou encore The Third Eye Foundation — qui formeront l’un des noyaux les plus singuliers du DIY britannique des années 1990.

L’histoire commence à Bristol, autour de Kate Wright, Rachel Coe et Matt Elliott, qui se rencontrent au Cotham Grammar School. Très vite, les répétitions improvisées dans un cabanon de jardin donnent naissance à leurs premiers projets musicaux. Dans cet environnement où personne ou presque ne lit la musique, les morceaux se construisent de manière intuitive, à partir d’images, d’atmosphères ou de sensations évoquées par Wright pour orienter les arrangements. Les références sont multiples — folk anglais, jazz, expérimentations sonores, poésie beat — mais la démarche reste instinctive et collective.

Formé au milieu de cette constellation d’amis musiciens, Movietone développe un langage musical très personnel : une musique lente et atmosphérique où les guitares fragiles, les cordes, la clarinette ou les textures improvisées se mêlent à la voix délicate et énigmatique de Kate Wright. Les influences peuvent rappeler par moments la lenteur mélancolique de Galaxie 500, la retenue du troisième album de The Velvet Underground ou certaines formes de folk minimaliste, mais le groupe reste difficile à situer dans un courant précis.

Autour d’eux gravite toute une communauté créative. David Pearce fonde Flying Saucer Attack, projet mêlant folk pastoral et guitares saturées enregistrées sur quatre pistes, tandis que Crescent, mené notamment par Matt Jones, développe un rock expérimental austère  qu’on espère vous faire découvrir à l’occasion d’un autre épisode de roule galette . De son côté, Matt Elliott s’oriente vers des paysages sonores plus sombres avec The Third Eye Foundation, influencés par le dub, le trip-hop et la drum & bass qui imprègnent la ville de Bristol.

Dans ce contexte foisonnant, Movietone enregistre plusieurs sessions pour l’émission radio de John Peel sur BBC Radio 1 entre 1994 et 1997. Ces enregistrements capturent le groupe à un moment charnière de son évolution : une formation encore proche de ses origines DIY, mais déjà engagée dans un processus d’expérimentation sonore qui caractérisera ses albums suivants.

Plus largement, l’histoire de Movietone et de leurs contemporains illustre une autre facette de la musique britannique des années 1990 : un réseau souterrain d’artistes travaillant en marge des tendances dominantes, privilégiant l’intuition, les collaborations et des méthodes d’enregistrement souvent rudimentaires. Cette approche — parfois jusqu’à enregistrer en extérieur pour capter les sons de l’environnement — a contribué à produire une œuvre qui, loin des modes de son époque, semble aujourd’hui totalement intemporelle.

Cette semaine, nous écoutons les Peel Sessions de Movietone, révélant l’évolution du groupe entre 1994 et 1997. Lundi, « Mono Valley » montre déjà leur esthétique : voix de Kate Wright intégrée, rythmique discrète et superposition instrumentale, avec un geste sonore saisissant, le verre brisé. Mardi, « Stone », plus noise et abrasif, renvoie aux racines lo-fi du groupe, à l’époque de Lynda’s Strange Vacation.

Mercredi, « Chocolate Grinder », futur « Night of the Acacias », illustre le style mature de Movietone : tempos hypnotiques, structures ouvertes et influence dub. Jeudi, « The Voice Came Out of the Box and Dropped into the Ocean», futur « Useless Landscape », met en avant leur approche minimale et impressionniste, où instruments et voix circulent librement.

Enfin, vendredi, « Hydra», enregistré en 1997 et repris sur The Blossom Filled Streets (2000), montre l’esthétique aboutie : instrumentation aérée, instruments acoustiques et piano, atmosphère contemplative, proche de sa version définitive.

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Roule Galette #24 - The HOUSEMARTINS , Now that's what i call quite good (1988 Go! discs)

Cette semaine, une fois n’est pas coutume , nous ne célébrons pas un album , mais une compilation . Et qui plus est , une compilation  posthume  : Now, that’s what i call quite good des housemartins . 

Les Housemartins s’ils restent relativement peu connus en France est un groupe britannique qui a marqué la seconde moitié des années 80 avec un son unique mêlant pop mélodique, soul et gospel, tout en inscrivant leur musique dans un contexte social très précis.

 Formé à Hull en 1983, le groupe est composé de Paul Heaton (chant), Stan Cullimore (guitare), Norman Cook (basse, futur Fatboy Slim) et Hugh Whitaker (batterie).

Leur musique reflète  le contexte des années 80 en Angleterre : une société sous Thatcher, marquée par des inégalités et des tensions sociales , notamment la grève des mineurs de 1984  . Musicalement , ils sont des contemporains  des Smiths, avec qui ils sont souvent comparés. Mais là où les  Smiths explorent une mélancolie urbaine et froide, les Housemartins apportent une chaleur et un souffle humain grâce à leur inspiration gospel et soul, créant un contraste étonnant avec leurs paroles parfois sociales ou ironiques.

Leur album et singles regorgent de petites merveilles : Think for a Minute, par exemple, n’est pas un morceau énergique mais une réflexion mélancolique sur l’apathie et la déconnexion des gens autour de soi, un appel à s’arrêter, observer et réfléchir qui ne peut faire qu’écho à Saravadio . Les chansons combinent humour, conscience sociale et tendresse, ce qui peut expliquer leur originalité et leur influence durable.

Les Housemartins se font surtout connaître grâce à leur troisième single Happy Hour (1986), qui leur donne une visibilité importante dans le circuit pop britannique.

Mais c’est avec Caravan of Love (1986), une reprise a cappella des Isley-Jasper-Isley, qu’ils atteignent la consécration : leur unique  numéro un au Royaume-Uni. Ce morceau est entièrement chanté, avec des claquements de doigts pour le rythme et une influence gospel très marquée. 

Aucun instrument ne joue ici : c’est la voix qui porte tout le morceau, et l’effet est saisissant, presque intemporel. Caravan of Love est devenu un symbole de fraternité et de solidarité, un hymne simple et direct qui tranche avec le reste de la pop de l’époque.

Le groupe se distingue aussi par son engagement politique et social , à l’instar de ses contemporains tels Billy Bragg , Bill Pritchard ou encore les Redskins . Paul Heaton et ses partenaires abordent dans leurs chansons des thèmes comme l’injustice sociale, la pauvreté et la solidarité, tout en gardant un ton accessible et mélodique. Leur discographie est courte mais intense (2 albums et une dizaine de singles)  et même après leur séparation en 1988, Paul Heaton continuera à marquer la scène britannique avec les Beautiful South et ses projets solo. Norman Cook quant à lui deviendra célèbre grâce à Beats international puis sous le pseudo de Fatboy Slim. 

Les morceaux que nous allons écouter cette semaine reflètent bien cette double identité : mélodique, réfléchie, parfois humoristique, et toujours empreinte de cette âme gospel/soul qui fait la signature du groupe. 

Cette semaine dans Roule Galette, on écoute cinq morceaux des Housemartins, groupe anglais des années 80 à la croisée de la pop et de la soul. On commence avec Happy Hour, qui derrière son rythme joyeux dénonce le harcèlement des femmes et le malaise social dans les pubs britanniques, reflet des observations de Paul Heaton. Flag Day, leur premier single, mêle humour et critique sociale, en montrant la différence entre bonnes intentions et actions concrètes pour aider les autres. Avec Think for a Minute, le groupe observe le déclin de la convivialité et de la solidarité, invitant à s’arrêter pour réfléchir aux transformations de nos relations quotidiennes. He Ain’t Heavy, He’s My Brother, reprise emblématique, célèbre la fraternité et l’entraide, rappelant que porter quelqu’un n’est jamais un véritable fardeau. Enfin, Caravan of Love transforme la reprise des Isley-Jasper-Isley en gospel minimaliste a cappella, où les voix seules transmettent un message d’unité, de solidarité et de critique sociale, évoquant l’Angleterre des années Thatcher. Ces cinq titres montrent la capacité des Housemartins à combiner mélodie, émotion et engagement dans des textes qui restent profondément actuels.

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Roule Galette #23 - PIERRE VASSILIU , voyage ( 1975, Barclay)

Salut à toutes, et tous .

Cette semaine dans roule  Galette , je vous propose de découvrir ou redécouvrir l'album voyage de Pierre Vassiliu. 

J’ai longtemps hésité pour ce nouveau roule galette :  pas par rapport au disque en lui-même , mais parce que je pensais mettre en avant  une des deux compilations parues chez Born bad à la fin des années 2010 pour évoquer le moustachu et dont les éléments biographiques seront en partie utilisés pour évoquer l’artiste . 

C'est également  par l'intermédiaire d’une compilation que j'ai découvert Pierre Vassiliu ,  une compilation en cassette parue chez universal dans la série Master série. 

C’était au milieu des années 80. L'artiste n'était plus  trop connu mais quand j'ai découvert cette cassette, je me suis rendu compte que beaucoup de titres m’étaient familiers et que si aucun n’avait  eu le succès de qui c’est celui-là , il restait malgré tout beaucoup de titres connus : amour amitié, j’ai trouvé un journal dans le hall de l’aéroport, l’incroyable film , je lui téléphone … On ne  peut pas vraiment parler d’un one hit wonder . Vassiliu a toujours été là , sans l’être, en dilettante, faisant quelques réapparitions à l’occasion de sorties de 45 tours , tentant de relancer une carrière par essence chaotique . 

Dans la biographie qui accompagne la sortie chez Born Bad , on parle de malentendu. En ce qui concerne pierre Vassiliu, c'est effectivement bien vu . Sa carrière , a marché , un peu à la manière d’un Jean claude Dusse . 

Pierre Vassiliu est généralement connu par beaucoup pour  ce tube de 1973 , la reprise de Chico Buarque .

C’est bien évidemment réducteur , d’autant plus quand on sait que cette chanson , à la base , était destinée à être la face B du 45 tours , Film , incroyable déambulation en talk over dans le bois de Boulogne , qui lui vaudrait en 2026 une manif de wokiste, ou pire le soutien des fans de Pascal Praud arborant un T shirt « on ne peut plus rien dire » .

Vassiliu a démarré sa carrière aux débuts des années 60 , à contre courant de la vague Yéyé , dans un registre chanteur comique , amoureux des rimes grivoises , amoureux de Brassens et Boby Lapointe . 

Au début 70 , il signe chez Barclay son premier album , dans un registre plus personnel , Amour amitié  , principalement à la guitare acoustique , qui l’éloigne de son image de chanteur comique . Un second suit en 72 , Attends , plus varié , avec un titre brésilien qui préfigure la reprise de Chico Buarque . Musicalement , on peut voir des points communs avec William Sheller ou Veronique Sanson , dans les arrangements . L’album ne marche pas plus que le précédent .Barclay  le contraint alors   à sortir des singles .

Puis en  73 ,arrive le tube , qui c’est celui là , vendu à plus de 300 000 exemplaires qui le replace à nouveau dans ce registre de chanteur comique   . La maison de disque sort un peu en catastrophe, un album Je suis un pinguouin  , en fait , plutôt une compilation  constituée de 45 tours de l’époque .  Ce succès imprévu , permettra à Vassiliu de continuer à vivre sereinement , comme il avait commencé déjà à le faire, dans sa maison , dans le lubéron , où amis , femmes , gens de passages , musique , alcool  et drogues  ,   forment un quotidien , assez symptomatique des années 70 . 

L’album voyage parait en 1975  , après une période gueule de bois qui fait suite au succès imprévu  , avec une pochette de Jean Michel Folon . A l ‘intérieur , on aperçoit Vassiliu , en tenue d’Adam , scrutant l’horizon désertique .  Si les textes peuvent questionner au regard de notre vision de la société et des rapports hommes femmes ,  en 2026  , ils doivent forcément être recontextualiser  dans cette période . Par ailleurs d’autres textes de Vassiliu pourraient totalement servir de contre exemples à ses éventuels détracteurs (comme pourquoi , le vent souffle où il veut et quand il veut , alentours de lune )   

L’album est enregistré en avril 75 , au studio B  chez Barclay , en compagnie d’Olivier  Bloch lainé ( déjà repéré chez Brigitte Fontaine ) Patrick Beauvarlet , choriste d’Yves Simon , ici à la batterie et par ailleurs auteur d’un disque très réussi en 1976 intitulé Quelle Belle soirée ( on ne sait pas s’il s’agit d’un hommage à Michou !! ) , Claude Engel et son frère Marcel , Claude a notamment réalisé plusieurs albums avec Gotainer , a joué dans Magma et avec Bernard Lubat , amis aussi dans Rosebud avec Jean Schulteis et Georges Rodi  .Ce meme George rodi qu’on retrouvera plus tard dans Arpadys assure les claviers . 

Musicalement , c’est assez varié , allant du funk de Herbie Hancock aux rythmes latins en passant par le magnifique le vent souffle ou il veut et quand il veut au piano ., mais laissons vous découvrir ceci , car comme on l'entend  dans la bande originale du film UNE FILLE ET DES FUSILS :

« De toute façon la musique , c’est fait pour être écouté, c’est pas fait pour en parler ...dont acte . On en écoute donc 5 titres . 

On démarre la semaine avec le titre d’entrée , Pierre Bats ta femme . En guise d’ouverture d’album , un jingle annonce, un voyage  imprévu avec Pierre Vassiliu . 

On peut entrendre le chanteur avec sa troupe dans un train après une nuit qu’on imagine visiblement éthylique et enfumée . Arrive sur cela un des morceaux les plus ouvertement funk de sa discographie , avec un clin d’oeil très appuyé à Herbie Hancock . Le Groove est imparable , Pierre Vassiliu raconte comment  , en rentrant ( tard forcément) chez lui il découvre la maison vide , sa femme l’ayant quitté pour suivre l’huissier , et les choeurs  de répondre, Pierre Bats ta femme , détonnant avec le thème du mari abandonné. Avant tout procès qui pourrait être fait à la radio pour diffusion de ce titre, nous tenons à recontextualiser ce titre pour en saisir le 25ème degré . Il va sans dire que nous ne prônons à aucun moment la violence conjugale , d’ailleurs, tous les titres de l’album de Pierre Vassiliu sont crédités au nom de son épouse de l’époque , Marie . 

On poursuit le voyage de Pierre Vassiliu avec ce Monsieur j vous sers quoi , samba halte dans un buffet de la gare où  Vassiliu  joue un serveur nazillard , dépassé par la folie ambiante  de cette tablée joyeusement bordélique . 

Puis,   déshabille toi  . « Déshabille-toi » est un exemple du ton décalé et humoristique de Vassiliu dans les années 70. La chanson raconte une rencontre amoureuse, avec des dialogues et situations volontairement exagérés . A celles et ceux qui crieraient à la phallocratie , rappelons que l’album , est entièrement crédité à sa compagne de l’époque,  Marie Vassiliu . Voilà , qui vient un peu complexifier la compréhension du personnage . 

Ensuite , seul . balade qui évoque l’incommunicabilité dans le couple ,  comment faire face à  un homme qui s’enferme dans ses pensées et ses actes ,  devant sa compagne impuissante  ,elle ne le comprend plus , un texte qui laisse présager de sa future rupture avec Marie . 

Pour finir l’écoute de cette album , le magnifique Le vent souffle ou il veut et quand il veut , magnifique déclaration d’amour . Dans un couple qui vacille , 

Le titre reprend une image célèbre de l’Évangile selon Jean (3:8) : « Le vent souffle où il veut… », symbole de liberté et d’incontrôlable. Pierre Vassiliu l’utilise ici pour évoquer le destin, les forces de la vie et l’imprévisibilité des chemins que nous suivons.

Dans la chanson, il s’adresse à Marie, sa compagne à l’époque, et parle de leur vie à deux, de leurs enfants et des moments partagés. Les paroles capturent un instant d’intimité et de tendresse, tout en laissant transparaître la conscience que la relation ne durera pas.

C’est une déclaration d’amour poétique et lucide, méditative et poignante, qui combine complicité, mélancolie et acceptation des forces qui dépassent l’homme.