Roule Galette

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Chaque semaine , un album favori d'un membre de Saravadio

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Roule Galette #10 - KURT VILE , B'lieve, i'm going down ( 2015 , Matador)

Believe I’m Goin Down... (2015) marque un tournant tranquille dans la carrière de Kurt Vile. L’Américain, ancien membre de The War on Drugs, y délaisse les guitares abrasives de ses débuts pour un ton plus posé, intime, presque domestique. C’est un disque d’introspection, entre folk cotonneux et rock nonchalant, porté par une écriture à la fois lucide et paresseuse — dans le bon sens du terme.

L’album avance à pas lents, dans un équilibre subtil entre mélancolie et détachement. Vile y parle de fatigue, de doutes, du besoin de ralentir, souvent avec humour et autodérision. Les arrangements restent simples — guitare acoustique, batterie feutrée, touches d’orgue ou de slide — mais forment un univers très cohérent, à la fois flou et précis, comme un après-midi trop long.

Un disque de retrait plutôt que de conquête, qui capture l’art de ne rien forcer — ce qui, chez Kurt Vile, devient presque une philosophie.

Cette semaine, nous avons suivi Kurt Vile dans son univers folk-rock intimiste et légèrement décalé. De l’errance désabusée de I'm an Outlaw à la contemplation des petites choses du quotidien dans Dust Bunnies, chaque morceau explore des états d’esprit flottants, mélancoliques ou rêveurs. Les titres comme That's Life, Tho et Wild Imagination nous emmènent dans des réflexions sur la résilience, l’onirisme et la vie intérieure, tandis que All in a Daze Work laisse l’impression d’un flottement, suspendu entre confusion et introspection. Au final, l’album trace un chemin tranquille mais intense, où le temps semble s’étirer et où la musique devient un miroir des pensées et des souvenirs.

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Roule Galette #09 - TANK , bedtime for Rio (2000 , Earworm/Alice in wonder)

Tank , Bedtime for Rio

Cette semaine dans Roule Galette, je vous propose de découvrir — ou de redécouvrir — Bedtime for Rio de Tank.

Tank est le projet du bassiste brestois Christophe Mével. Bedtime for Rio est le troisième album du groupe, après 66° Nord, paru en K7 chez Diesel Combustible, et Upwards at 66°N, sorti en CD chez Earworm.

Ce disque a d’ailleurs bénéficié d’une double sortie : en vinyle chez Earworm et en CD chez Alice in Wonder, avec des pochettes différentes mais une tracklist identique.

C’est pour moi un de ces disques passerelles — ceux qui m’ont permis de m’ouvrir à d’autres styles que je ne connaissais pas à l’époque. Il est en ce sens particulièrement symptomatique du post-rock, dans sa capacité à fusionner des genres.
On pense évidemment au krautrock pour le côté motorique et kosmische, à l’ambient de Brian Eno ou David Sylvian, mais aussi à Ganger pour la basse omniprésente , voire au Simple Minds de Empires and Dance , influence avouée de Christophe Mevel . 

C’est un disque dont je n’ai cessé de vanter les mérites, aussi bien dans mes émissions de radio qu’en tant que disquaire, lorsqu’il m’arrivait d’en croiser un exemplaire d’occasion — que je mettais aussitôt de côté pour quelques clients privilégiés.

Bedtime for Rio , en plus d’être excellent de bout en bout a deux autres avantages :
il n’est pas disponible sur les plateformes de streaming (ou presque, à part sur Bandcamp),
et il ne comporte que cinq titres  : Nous allons donc l’écouter tout au long de la semaine, un titre par jour, pour prendre le temps de s’imprégner de cette atmosphère singulière — froide mais apaisante , planante mais trippante . 

Pour démarrer la semaine, nous écoutons  Rose de Basalte, premier titre de Bedtime for Rio.

À la première écoute, j’y ai entendu un mélange entre Jean-Michel Jarre et le générique de Temps X : électronique froide, planante, hypnotique. Un rythme obsédant qui pose immédiatement l’univers post-rock et kosmische de Tank, parfait pour se laisser transporter.

Gulfoss est un titre motorik, dans la lignée du maxi Gunnar Alternative sorti quelques mois plus tôt chez Earworm.

Répétitif à souhait, avec une basse obsédante qui déraille et des synthés spatiaux, il nous embarque dans un road trip façon Space Invaders, rythmé par une pulsation à la Klaus Dinger. 13 minutes de transe space motorik.

Nord Nord-Ouest  intrigue avec  ses synthés rappelant  des cris de mouettes, sa rythmique  en contretemps, et des accélérations qui font sauter le morceau dans tous les sens . Trompettes et samples s’invitent dans la fête, et tout s’élance dans une descente tourbillonnante.

Ishellir est le seul titre joué en groupe. On y entend des samples d’un pilote d’avion survolant un paysage. Guitares comme si Labradford passait ses guitares dans un filtre  hawaïen  , batterie aux balais jazzy, cuivres free et synthé . aérien .  

Pour finir , Troll  ,  un morceau motorik à la Neu!  . 9 minutes  de  transe hypnotique . Imparable . 

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Roule Galette #08 - PORTRAIT OF DAVID , These days are hard to ignore (2001 Racing Junior)

PORTRAIT OF DAVID : these days are hard to ignore , 2001 Racing Junior /Glitterhouse/Talitres

Cette semaine dans Roule Galette, je vous emmène en Norvège avec Olaf Fløttum, alias Portrait of David, et son unique album These Days Are Hard to Ignore, sorti en 2001 chez Racing Junior et distribué plus tard en France via Glitterhouse/Talitres.

Olaf Flottum est un musicien qu’on a pu voir derrière le projet krautrock Salvatore mais aussi dans le très mélancolique the white birch . Depuis quelques années , il s’est concentré sur la bande originale de film notamment dans les films de Joachim Trier , sous son propre nom

C’est  après le récent visionnage d’Oslo 31 Août , que son disque sous le pseudo Portrait of david , s’est rappelé à moi . 

C’est un disque profondément intimiste, enregistré avec des moyens réduits, dans la salle à manger de Fløttum lui-même, avec l’aide d’amis proches dont Helge Sten de Motorpsycho pour la production. On y retrouve le souci du détail et de l’orchestration : piano, quelques cordes et petites touches discrètes créent un univers feutré, fragile et pourtant plein de présence. On imagine aisément la neige dehors, la lueur du jour disparaissant lentement, le craquement d’une cheminée, et les discussions tardives qui ont façonné ces morceaux.

These Days Are Hard to Ignore est un disque de repli sur soi, de contemplation et d’introspection. Les paysages scandinaves, la solitude et la mélancolie s’y mêlent, évoquant des moments suspendus, comme ceux que j’ai vécus moi-même sur un lit d’hôpital, après une opération, écoutant ces chansons au crépuscule en regardant la campagne et le ciel tomber. C’est un album qui installe une atmosphère douce-amère, à la fois apaisante et pénétrante, où l’ écoute devient un voyage intérieur.

Musicalement, on peut  penser à The White Birch l’autre projet d’Olaf Flotum , à Sylvain Chauveau dans ses moments les plus intimistes, ou encore  à Max Richter .

Mais au-delà de ces références, c’est surtout la sensibilité de Fløttum et son approche minimaliste qui marquent l’album, et qui le rendent unique. 

These days are hard to ignore est le disque de la semaine dans roule galette . 

Nine Day Wonders démarre sur  un brouillard sonore où émerge un piano lent, minimal et répétitif. La voix, lente et fatiguée, presque parlée, rappelle certains morceaux introspectifs de Perry Blake ou de Vincent Gallo, et renforce la dimension intime du morceau.

Le violon et le violoncelle d’Ole Henrik Moen accompagne cette atmosphère subtile, ajoutant des nuances délicates et un sentiment de flottement. Le morceau se divise en deux parties : la première, avec  ce climat suspendu, et la deuxième introduit un sifflement étrange, indéfinissable, qui accentue  la mélancolie de la pièce.

Nine Day Wonders parle d’enfance et de souvenirs perdus, avec une mélancolie diffuse et contemplative. 

Beautiful Flimsy Kite glisse doucement comme un balancement doux en rocking-chair chair , guitare et percussions minimalistes, synthé mélancolique et piano viennent souligner cette rêverie suspendue. La slide guitar ajoute une touche presqu’aquatique et dépressive, tandis que les paroles racontent la perte d’un objet précieux, métaphore de souvenirs fragiles et flottants.

Constant Flow s’écoule en toute simplicité, synthé lointain, guitare acoustique et voix presque instrumentale, toutes enveloppées de reverb et d’écho. La mélodie minimaliste et flottante rappelle Sigur Rós, mais avec une retenue subtile et intime, comme un murmure qui glisse au fil du temps.

Sweet Thief nous plonge à nouveau dans l’atmosphère du rocking chair. Piano et guitare se mêlent comme un très lointain blues scandinave, éclairé à la bougie, intimiste et fragile. La voix, douce et posée, accompagne les images de solitude contemplative du texte : observer le monde évoluer depuis une chaise, laisser filer le temps, et rêver qu’un « sweet thief » vienne subtiliser ces instants. Un morceau absolument magnifique, suspendu entre mélancolie et poésie tranquille.

David’s portrait clôture parfaitement  la semaine .  On retrouve cette guitare folk  minimaliste et les sons de synthé légèrement  présents  comme une brise. La voix se pose comme un souffle sur les souvenirs de l’enfance : « I slept like a child in the arms of the horseman… ». On a l’impression d’être dans un conte raconté doucement, avec des bruits de vent et un souffle d’air qui traverse l’espace musical. La dimension introspective et méditative de l’album atteint ici son apogée, laissant l’auditeur suspendu entre nostalgie et émerveillement.

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Roule Galette #07 - SIMPLE MINDS , Empires & dance (1980 , Arista)

Cette semaine dans Roule Galette, on revient à une époque où Simple Minds n’avait rien de FM, ni d’arène rock, ni de tubes radiophoniques. Empires and Dance est leur troisième album, sorti en 1980 sur Arista, et c’est probablement le plus froid, le plus radical et le plus européen de leur discographie.
C’est un disque qui sent encore la sueur des clubs post-punk, mais qui regarde déjà vers la sophistication électronique et les paysages industriels d’une Europe en mutation. Un disque qui aurait pu sortir sur Factory ou sur Mute, tant il évoque à la fois Joy Division, Magazine, Ultravox période John Foxx, et le krautrock motorik de Neu!.

Jim Kerr et ses compagnons y jouent une musique de transe urbaine : section rythmique exceptionnellement inventive , guitares tranchantes, synthés menaçants, voix sombre   à moitié halluciné. Tout y semble à la fois dansant et désincarné, obsédé par la répétition, la vitesse, la tension.
C’est l’un de ces albums-ponts entre le rock et l’électronique, entre le charnel et le mécanique.

Enregistré en une dizaine de jours dans un studio gallois, produit par John Leckie (Radiohead, Marc Seberg), Empires and Dance est aussi le disque où Simple Minds trouve vraiment sa personnalité — celle d’un groupe européen, plus influencé par Berlin que par Londres.

Si vous pensiez encore que simple minds ne se résumait qu’à un titre, le discutable Don’t you , il est grand temps pour vous d’écouter ce roule galette consacré à leur album de 1980 , empires and dance . 

Nous démarrons cette semaine avec le glacé et  sombre today i died again : Jim Kerr parle ici de l’aliénation individuelle, de la perte de mémoire et d’identité,et de la chute des systèmes (politiques, sociaux, moraux).C’est une chanson froide, presque dystopique. Simple Minds y dépeint un monde vidé de sens, où mourir chaque jour est devenu normal.
C’est à la fois poétique, triste, et d’une lucidité glaçante et surtout terriblement d’actualité . 

“Celebrate” parle d’un monde déshumanisé, où :l’amour est rare, les gens vivent comme des soldats ou des automates,la société célèbre la surface plutôt que le sens,

et la seule chose qu’il reste à “célébrer”, c’est la survie elle-même.C’est une critique à la fois politique et existentielle : Simple Minds montre ici une humanité moderne prise entre le confort matériel et le vide spirituel.

Capital City décrit la vie urbaine comme un organisme vivant et impitoyable, où les habitants suivent un rythme mécanique, parfois violent, et où l’identité individuelle se fond dans la pulsation de la ville.C’est un portrait abstrait et sensoriel de la métropole moderne, à la fois fascinante et oppressante.

Thirty Frames a Second est une méditation sur la régression, la perte d’identité et la désorientation dans le monde moderne. Le narrateur voit sa vie et la société revenir en arrière comme un film inversé, confronté à l’angoisse, au chaos et à la fragilité de l’existence.

“This Fear of Gods” plonge dans l’angoisse et l’aliénation de l’homme face au divin. La peur des dieux n’est pas seulement celle du jugement, mais la désillusion éprouvée lorsqu’on attend un dieu qui ne se manifeste pas comme espéré. Les images de violence, de luxure et de souffrance reflètent alors les conséquences de la condition humaine sous le regard d’un sacré absent ou inattendu. La répétition des voix, des cris et des visions traduit cette angoisse intime et universelle, rappelant que l’homme porte seul la responsabilité de ses illusions et de ses actes.

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Roule Galette #06 - DO MAKE SAY THINK , S/T (1998 , Constellation)

Cette semaine dans Roule Galette, je vous propose de découvrir ou redécouvrir le premier album des Canadiens de DO MAKE SAY THINK  sorti en 1998.

C’est un disque qui marque le début d’un parcours instrumental fascinant, entre post-rock et jazz contemporain, avec des touches électroniques et des arrangements très ouverts. D’abord paru en autoproduction, il bénéficie rapidement d’une ressortie sur le label montréalais Constellation.

Pas forcément l’album le plus connu du groupe, il fait partie des premières références du label , relativement peu connu à l’époque.

Si le second album, Goodbye Enemy Airship the Landlord Is Dead, a marqué les esprits et fait désormais partie des classiques du label, le premier mérite pourtant que l’on s’y replonge. Ce disque pose déjà les bases du son du groupe : 

les compositions sont longues, souvent construites en crescendo, et donnent l’impression que chaque instrument est à la fois libre et parfaitement en dialogue avec les autres on note une capacité à créer des atmosphères où chaque écoute peut révéler de nouveaux détails, même après de nombreuses écoutes..  La batterie  est complexe et fluide, les entêtantes lignes de basse  s’entrelacent avec des guitares et des claviers très spatiaux,

Moins immédiat, il reste pourtant fascinant et varié. Du dub au jazz en passant par le post-rock, c’est surtout le travail sur l’espace sonore qui est absolument époustouflant. Un disque qu’on ne saurait vous conseiller d’écouter sur un système sonore digne de ce nom, et certainement pas sur une simple enceinte Bluetooth. C’est d’ailleurs à l’occasion d’un changement de configuration hi-fi que je réécoute souvent cet album, comme étalon de mon système audio. La profondeur dans le placement des différents instruments fait que chaque écoute est nouvelle. Oscillant entre subtilité et intensité, l’album se construit titre par titre, tout en créant un univers cohérent et immersif.

Avec le temps, il est devenu mon album préféré du groupe. Pourtant, les premières écoutes ne laissaient pas présager que je le réécouterais 25 ans plus tard. Sans doute trop jazz, trop éloigné du son de Godspeed que je recherchais à l’époque, c’est un disque que j’ai depuis souvent fait découvrir. Par essence, il s’agit du disque que je mets dans le lecteur CD et laisse défiler. Il est impossible qu’on ne vienne pas me demander ce qui est en train de passer.
Vus à de nombreuses reprises en concert — qui peuvent varier d’ennuyeux à inoubliables — j’ai le souvenir d’une prestation au festival de Dour, en tout début d’après-midi, absolument solaire et intense. Un shoot de bonheur, de luminosité et de groove.

Pour démarrer , le somptueux Disco and Haze , qu’on imagine , ils ont du consommer à profusion pendant l’enregistrement .  Le titre démarre sur ces bidouillages rappelant les pales d’un hélicoptère avant que des grincements de guitares inquiétants ne viennent créer ce maelström épais et assourdissant , avant q’une guitare wah wah , toute sage ne vienne nous soulager . Relayée par une autre guitare aérienne , puis par une basse répétitive , elle repart progressivement en tension  dans une explosion  free jazz/post rock  démentielle .  A écouter fort , très fort . 

Aujourd’hui , je vous propose le’espalace , mélange d’espace et de palace , un titre qui pourrait évoquer spacemen 3 dans l’utilisation des synthès farfisa , les guitares  convient hendrix sous spacecake  et michael  gottsching sous acide , le tout accompagné de percussions tribales , le’espalace est ma foi , un endroit  bien fréquentable . L’antithèse de Claude Challe . 

Aujourd’hui , prenons l’autouroute 420 , bien plus sinueuse que l’autoroute de l’enfer du célèbre australien en culotte courte .  Highway 420 , on se l’imagine relativement vide , vers 5 heures du matin , quand la rosée , laisse peu à peu apparaitre un magnifique ciel , et une circulation qui s’intensifie au fur et à mesure qu’on approche une ville  . On respire à nouveau une fois ce chancre citadin . On peut alors , attaquer des reliefs qui s’étirent . Incroyable basse  élastique , réverb de guitare très fifties , cuivres et claviers discrets nous amènent à bon port , même si les conducteurs sont sous substances .

Dr Hooch est le morceau du jour . Nous ne savons pas qui est ce Dr Hooch , ni ce qu’il prescrit  comme  breuvage   , mais on rêverait de le rencontrer  . Basse omniprésente à faire pâlir n’importe quel groupe de dub , batteur inventif … A prendre 3 fois par jour pendant un mois . 

Pour clôturer la semaine , the Fare to get there , le prix pour y parvenir , long titre de plus de 19 minutes , qui nous rappelle que le disque est avant conçu comme un trip , dans tous les sens du terme . Laissez vous guider dans ce long dub  spatial  répétitif et sinueux.