Roule Galette

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Roule galette #46 : Radar bros : s/t (1996 Restless)

Cette semaine dans Roule Galette, on remonte au milieu des années 90 avec le premier album de Radar Bros., tout simplement intitulé Radar Bros.
Le groupe se forme à Los Angeles autour de Jim Putnam, que certains connaissent déjà pour son travail avec Medicine, formation emblématique du shoegaze et du noise rock américain, notamment responsable du single « Aruca », très influencé par My Bloody Valentine.
Mais ici, changement radical de décor. Exit les guitares saturées et les nappes bruitantes : Radar Bros. développe une musique lente, retenue, mélancolique, où les morceaux semblent suspendus.
J’ai découvert ce groupe dans le fameux magasin Selectadisc, déjà évoqué lors de l’épisode sur Neu! ’75. Immédiatement, j’y ai senti une familiarité, entre les harmonies vocales du Pink Floyd de « Fearless » et la lenteur et le minimalisme de Low ou Codeine.
Jim Putnam ne cache pas son admiration pour « Fearless » de Pink Floyd. Et il y a un joli détour à faire par Low également, puisque le groupe reprendra « Fearless » quelques années plus tard.
Le disque paraît au milieu des années 90, à une époque où le rock indépendant américain explore toutes sortes de voies, entre le post-rock naissant, le slowcore et les formes plus dépouillées de la pop. Radar Bros. ne cherche pas à faire du bruit ni à imposer une signature spectaculaire. Les chansons prennent leur temps, les guitares respirent, les voix restent à distance. Et pourtant, sous cette apparente nonchalance, les mélodies s’accrochent.
Le groupe va progressivement trouver son public, notamment en Europe, où il tourne en première partie d’artistes comme Kelly Deal et Godspeed You! Black Emperor. Ce premier album lui permettra aussi de trouver un partenaire européen : les disques suivants paraîtront chez le label écossais Chemikal Underground, connu notamment pour avoir accompagné Mogwai, Arab Strap et The Delgados.
Depuis, Jim Putnam poursuit son chemin musical en dehors de Radar Bros. Il a notamment collaboré avec Mickaël Mottet, le musicien français connu entre autres pour son projet Angil, sur un album commun paru en 2014 chez We Are Unique! Records. Plus récemment, en 2025, il a sorti un album solo sous son propre nom, également sur ce label français.
C’est aussi ce qui rend cet album si particulier : il ne cherche pas à séduire immédiatement. Il installe plutôt une atmosphère, et c’est en y revenant qu’on en mesure la richesse. Pour moi, c’est un parfait disque d’automne.
Pour les morceaux, cette semaine, je vais faire un peu différemment. Je ne vais pas chercher à expliquer les titres, ni à interpréter des paroles dont je ne suis d’ailleurs pas toujours certain de saisir le sens. Il y a des disques qui s’écoutent sans qu’on éprouve le besoin de les comprendre. Celui-ci en fait partie.
Ça me rappelle cette phrase de Trisomie 21, sur Million Lights : « Il y a quelque chose de ridicule à expliquer les choses. Mais le pire est de donner du sens à ce qui n’en a pas. »

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Roule galette #45 - Paul Simon , the Paul Simon song book (1965 , COLUMBIA)

Cette semaine, dans Roule Galette, on va remonter un peu le temps, jusqu’en 1965, avec un disque de Paul Simon, The Paul Simon Song Book. Un disque sorti bien avant ma naissance, car finalement, il n’y en a pas tant que ça qui ont été évoqués dans Roule Galette.

À l’époque, Paul Simon n’est pas encore tout à fait le Paul Simon que tout le monde connaît. Simon & Garfunkel ont bien sorti un album, Wednesday Morning, 3 A.M., en 1964, mais leur disque est passé largement inaperçu. Paul Simon, plutôt que de s’entêter aux États-Unis, décide de partir en Angleterre.
Là-bas, il fréquente les clubs folk, il en profite pour traîner du côté de Paris ou de Copenhague, passe à la BBC et se construit un petit public… Il mène sa vie de jeune chanteur américain en Europe, avec sa guitare sous le bras, sans qu’on puisse vraiment parler de carrière triomphale.
Cela reste toutefois suffisamment important pour que CBS lui propose d’enregistrer The Paul Simon Song Book, à Londres, entre juin et juillet 1965, aux studios Levy’s, sur New Bond Street. Un disque minimal : Paul Simon, sa guitare et ses chansons, comme nombre de disques à l’époque, dans le sillage de Dylan. Le disque sort en Angleterre au mois d’août et est accueilli comme un disque de folk parmi d’autres.
Si la presse musicale britannique s’y intéresse, on ne peut pas pour autant parler d’un succès commercial majeur. Il ne faut pas imaginer que les Anglais se soient précipités en masse pour découvrir le futur géant de la chanson américaine. À ce moment-là, Simon est surtout un jeune auteur-compositeur qui commence à trouver sa place dans le petit monde du folk.
Et puis, quelques semaines plus tard, l’histoire se met à accélérer. Aux États-Unis, The Sound of Silence, dans sa version initialement acoustique, ressort avec une instrumentation électrique ajoutée en studio à l’initiative du producteur Tom Wilson. Paul Simon et Art Garfunkel ne sont même pas présents lors de cette opération. Le morceau décolle, devient un énorme succès, et Simon & Garfunkel changent de dimension.
Les chansons de The Paul Simon Song Book vont alors connaître une seconde vie. Plusieurs seront réenregistrées par Simon & Garfunkel, sur Sounds of Silence ou Parsley, Sage, Rosemary and Thyme. I Am a Rock, Kathy’s Song, April Come She Will, Leaves That Are Green… On retrouvera ces morceaux sur leurs albums suivants, avec la voix d’Art Garfunkel et des arrangements plus élaborés.
Mais les versions originales gardent ma préférence.
De manière générale, je suis plutôt sensible aux disques minimalistes. Je préfère souvent une chanson qui tient debout avec trois bouts de ficelle plutôt qu’un morceau sur lequel on a rajouté des couches d’arrangements jusqu’à ce qu’on ne sache plus très bien où se trouve la chanson. Chez Nick Drake, par exemple, j’ai toujours préféré la nudité de Pink Moon aux arrangements de Bryter Layter.
Alors, quand j’ai découvert ce disque de Paul Simon, bien longtemps après sa sortie, j’ai tout de suite accroché à cette instrumentation réduite à l’essentiel. Je connaissais évidemment, comme à peu près tout le monde, les grands succès de Simon & Garfunkel, mais je n’avais jamais vraiment entendu ces chansons sous cette forme-là, avec Paul Simon tout seul, sa guitare et sa voix.
Par ailleurs, il y a cette drôle d’impression que les chansons sont déjà là. On entend ce qui va devenir le répertoire de Simon & Garfunkel, mais débarrassé de tout le côté un peu mielleux qui peut parfois être reproché au duo. Ce ne sont pas des brouillons, des esquisses en attendant qu’on leur ajoute de beaux habits. Les chansons tiennent déjà debout.
Prenez I Am a Rock, par exemple. Dans cette version, la guitare et la voix suffisent à installer le personnage, ce type qui s’enferme dans sa forteresse pour ne plus avoir à souffrir du monde extérieur. La version de Simon & Garfunkel est plus ample, plus pop, avec sa rythmique et ses arrangements. Mais est-ce que ça apporte vraiment quelque chose à la chanson ? Je n’en suis pas forcément convaincu. Ça change la manière de l’entendre, certainement. Ça l’améliore ? C’est une autre question.
Bon, évidemment, on ne va pas ouvrir le dossier Art Garfunkel et se demander à quoi il sert. Ce n’est pas mon propos, même si la tentation est grande. Disons, de manière plus consensuelle, que Paul Simon me suffit largement.
On est en amont de la célébrité mondiale, avant les grandes productions, avant que tout cela ne devienne une évidence. Et finalement, je m’y retrouve mieux dans cette proximité avec l’artiste solo que dans l’hystérie collective.

I am a Rock
I Am a Rock met en scène un individu qui revendique une solitude souveraine, se comparant à un rocher, à une île, comme si l’isolement pouvait le soustraire définitivement aux blessures du monde. Mais les raisons qu’il avance pour justifier ce retrait trahissent précisément ce qu’il prétend avoir dépassé : la souffrance, la déception, la vulnérabilité inhérente à toute relation humaine . Sa solitude apparaît moins comme un choix dicté par la force que comme une stratégie de protection, élaborée pour ne plus avoir à s’exposer aux incertitudes de l’attachement. C’est ce décalage entre l’invulnérabilité proclamée et la fragilité que laisse entrevoir le discours qui fait évidemment tout l’intérêt du texte .

The Sound of Silence,
C’est évidemment le titre qui va connaître un succès considérable dans sa version électrique, au point de devenir l’une des chansons emblématiques de Simon & Garfunkel. On la retrouve dès leur premier album, Wednesday Morning, 3 A.M., paru en 1964, mais c’est sa réédition avec les arrangements électriques de Tom Wilson, en 1965, qui va la propulser en tête des classements américains.
Ici , on retrouve la version dépouillée de Paul Simon, avec cette guitare acoustique et cette pulsation sèche, presque métronomique, qui accompagne le chant. Une chanson qui n’a finalement pas besoin de grand-chose pour installer son atmosphère.
Dans les paroles, Simon évoque un monde où les gens parlent sans vraiment s’écouter, où les mots circulent sans parvenir à créer de véritable communication. C’est le paradoxe de ce son du silence : il ne s’agit pas de se taire, mais de cette distance qui s’installe entre les êtres, même lorsqu’ils sont entourés de paroles et de bruit. Une forme de solitude collective, et une difficulté à faire entendre ce qui compte vraiment.

The side of a hill
Avec The Side of a Hill, Paul Simon signe une chanson particulièrement sobre, dans laquelle la guerre apparaît à travers la mort d’un enfant.On pourrait y voir une référence au Dormeur du val de Rimbaud, dans cette manière de faire se rencontrer la nature et la mort, comme si le décor paisible rendait la tragédie plus terrible encore. On y retrouve cette même façon de suggérer l’horreur plutôt que de la décrire frontalement. La chanson aura d’ailleurs une seconde vie chez Simon & Garfunkel. Paul Simon en reprendra des éléments dans Canticle, entrelacé avec la ballade traditionnelle Scarborough Fair, sur l’album Parsley, Sage, Rosemary and Thyme, en 1966. Les paroles liées à la guerre viennent alors se superposer à la mélodie ancienne, créant un contraste entre la douceur de la musique et la noirceur du propos.

Kathy’s Song
Avec Kathy’s Song, on retrouve une chanson qui n’aura pas besoin d’être profondément remaniée pour intégrer le répertoire de Simon & Garfunkel. La version publiée sur Sounds of Silence en 1966 reste très proche de celle que Paul Simon avait enregistrée seul l’année précédente. Et, fait assez révélateur, Art Garfunkel n’intervient pas sur l’enregistrement : c’est toujours Simon qui chante, comme sur The Paul Simon Song Book.
Je trouve même que la version solo a quelque chose de plus convaincant, notamment dans la prise de voix. Elle me semble plus présente, mieux définie, moins nasillarde aussi, et débarrassée de certaines inflexions qui peuvent donner à Simon un côté un peu trop dylanien. Ici, le chant souligne la fragilité qui correspond bien à cette chanson écrite dans l’éloignement, alors que Kathy Chitty est restée en Angleterre et que Simon poursuit son séjour loin d’elle.

Flowers Never Bend with the Rainfall

Flowers Never Bend with the Rainfall, est une chanson que j’avais complètement occultée dans le répertoire de Simon & Garfunkel. Je l’ai redécouverte par Paul Simon, à travers cette version dépouillée du Paul Simon Song Book. Et en réécoutant celle du duo, je comprends assez bien pourquoi elle m’était passée sous le nez. Avec ses arrangements, ses chœurs et cette couleur un peu country, elle prend une tournure qui me rappelle le syndrome de la French Tart . L’apparat nuit au propos. Derrière son titre bucolique, elle exprime une forme de désenchantement, une interrogation sur ce qui nous permet de tenir debout dans un monde qui ne répond pas nécessairement à nos attentes. Les fleurs, elles, ne se courbent pas sous la pluie , mais le texte est moins une célébration de la résistance qu’une réflexion sur les illusions, la solitude et la difficulté de trouver un sens à l’existence.

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Roule galette #44 - Carlton Melton , live in Europe '12 (2013, Agitated)

Cette semaine dans Roule Galette, une fois n’est pas coutume, je vous propose un live .
Je sais que les Live ont tendance à diviser le public , certains les rattachent au passage presqu’obligatoire des groupes des années 70 , d’autres à une panne d’inspiration de l’artiste, ou encore à un raclage de fond de tiroir , quand d’autres y voient un moyen de s’immerger dans un concert .
Vous connaissez, peut-être ou pas cette chanson de LCD soundsystem , loosing my edge , où James Murphy déclame i was there … hé bien , ce disque que je vous propose , je peux le clamer haut et fort , aussi fort que ma voix puisse le faire pour exprimer ma satisfaction à la fin d’un concert , J’ETAIS LA ! Même si je n’étais pas venu pour eux, j’étais là et on m’entend justement crier à la fin de ce concert !
Et le plus drôle , c’est que je ne savais même pas , alors que j’ai le disque depuis des lustres, que ce concert était celui auquel j’avais assisté!
Quand je me rends au De Kreun de Courtrai , ce 7 novembre 2012 , je trépigne de voir Moon duo , dont j’ai acheté les disques récemment , ceux-là même que je n’ai plus jamais écouté .

Je m’installe pour la première partie, comme d’habitude, près de la table de mixage et vois débarquer trois gars . un bassiste plutôt discret, Clint, un guitariste chevelu aux allures de druide, Andy Duvall, et une espèce de guitar hero qui s’occupait également des synthés, Rich .
Ce trio , que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam , se nomme Carlton Melton.
Les quinze premières minutes, sonnent assez cosmiques, répétitives et planantes, avec ce guitar hero qui partait dans des solos assez acides pouvant évoquer David Guilmour. On sent petit à petit une tension monter, la guitare devient plus grasse, puis ,au bout d’un quart d’heure, le druide pose sa guitare et se met derrière les fûts et là… on change complètement de registre pour partir sur un truc stoner assez massif, mélange de Black Sabbath et de krautrock, répétitif et entêtant. J’avais commencé le concert au fond de la salle, je l’ai terminé devant les enceintes, les oreilles et le cou déglingués.
Je n’ai pas pu m’empêcher de faire une razzia au stand de merch pour acheter tout ce qui s’y vendait ou presque .
Après ça, je les ai revus à plusieurs reprises en Hollande, où la scène psychédélique est très vivace, à Tilburg, pour le festival Incubate, puis à Middelburg, dans un café. J’ai finalement organisé une date à Lille, qu’ils n’oublieront jamais, mais sans doute pas pour les raisons que vous pourriez imaginer. J’ai pu vérifier cela en discutant avec eux à Hastings cette semaine.
Quand ils sont arrivés cette fois-là à la Malterie, ils étaient complètement rincés. Ils revenaient d’Angleterre, après une nuit à dormir dans le van, bloqués par la neige sur l’autoroute du côté de Manchester. Ils sont arrivés fiévreux mais ont quand même assuré le concert. J’ai eu beau les soigner comme je pouvais une fois arrivés à la maison, à base de camomille, gingembre, citron, thym, bref, à base de toutes les recettes de grand-mère dont je disposais, ils ont dû annuler la tournée et se sont retrouvés hospitalisés aux Pays-Bas pendant quelques jours, avant de rattraper à temps leur vol pour les États-Unis. Ils avaient assez peu de souvenirs du concert, mais se souvenaient par contre très bien de la maison et de mes tentatives de soins… Aussi, quand j’ai su qu’ils tournaient en Angleterre, je me suis dit qu’il serait plus prudent de les voir sur leur première date plutôt qu’à la fin de leur tournée !

Carlton Melton se forme en 2008, sur la côte du comté de Mendocino, en Californie. Le projet naît autour d'Andy Duvall, Rich Millman, ( Ex Zen guérilla) Brian McDougall et John Steuernagel, avec cette idée assez particulière de jouer de la musique instrumentale, improvisée, forte et psychédélique dans un dôme géodésique appartenant à Brian McDougall. La première session a lieu le 17 juillet 2008 et donne Live in Point Arena, un CD-R autoproduit.
Le principe va rester au centre de leur méthode : pas vraiment de morceaux composés à l'avance, mais des sessions où personne ne sait précisément ce que les autres vont jouer. Ils enregistrent directement dans le dôme, puis sélectionnent et retravaillent ce qui leur semble intéressant.
Au printemps 2009, une nouvelle session fournit la matière de Pass It On, leur premier véritable album, qu'ils sortent eux-mêmes en novembre 2009 sur leur label Mid-To-Late Records. Une autre session a lieu en juin 2009, avant même la sortie du disque, ce qui leur permet déjà d'accumuler du matériel pour les sorties suivantes. John Steuernagel est remplacé par Clint Golden à la basse .
Ensuite, ça s'accélère assez rapidement : Country Ways en 2011, puis en 2012 Smoke Drip, enregistré avec John McBain de Monster Magnet, Photos of Photos, également avec McBain, et AQ Hits, une compilation de morceaux plus anciens ou rares. Le 7 novembre, Carlton Melton joue au De Kreun avec Moon Duo et Zun Zun Egui.
Ce live s’appelle donc Live in Europe 2012 , C’est le disque de la semaine dans roule Galette

Pour démarrer, Photos of Photos, le titre qui donne son nom à leur album fraîchement sorti à l’époque, un morceau assez court et tranquille pour démarrer un concert et une soirée qui s’annonce longue…
Smoke Drip, le second titre, est lui extrait d’un EP trois titres paru chez Agitated. On y entend une mise en place plus acid, space rock, assez trippante, qui commence sérieusement à m’intéresser…
Aujourd’hui, deux morceaux en un, Personal Space et The One That Got Away, qui forment un tout et marquent le changement dans ce concert. Personal Space est un titre extrait de leur EP Four Eyes et démarre, lui aussi, de manière assez spatiale, avant de devenir un peu plus inquiétant. C’est à la fin de ce morceau qu’Andy Duvall pose sa guitare pour passer derrière les fûts et enchaîner avec The One That Got Away, une face B du 45 tours Handling Snakes, un morceau psychédélique, répétitif et entêtant à souhait, paru en 2011.
March of the Cicadas est un titre extrait d’un split avec Qumran Orphies. Le concert continue avec le batteur druide qui mène la danse, alors que Rich Millman l’accompagne au début aux synthés, avant de prendre sa guitare pour des solos dignes des années 70, entre acid et space rock, pour enfin revenir aux synthés… avant de terminer sur une furie psychédélique. Have a trip !
Pour terminer la semaine et le concert, When You’re In, une reprise d’un titre des Pink Floyd sur Obscured by Clouds, qui figurait sur le premier album du groupe, Pass It On. La reprise est particulièrement plus grasse que l’originale ; elle montre aussi les influences du groupe, notamment celles de Rich Millman pour David Gilmour. Parfait morceau pour une bonne séance de headbanging final qui clôturera ce concert, ponctué de ce fameux cri de satisfaction dont je parlais en début d’émission.
C’était Carlton Melton, live au De Kreun le 7 novembre 2012, le live en Europe 2012, disque de la semaine dans Roule Galette.

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Roule galette #43 : Sloy , Plug ( 1995, Roadrunner)

Cette semaine dans Roule Galette , je vous propose de découvrir ou redécouvrir le premier album de Sloy , Plug .

Un disque que j’ai longtemps ignoré , non parce que je ne les connaissais pas, mais parce que j’avais décidé que ce n’était pas pour moi . Par suivisme , par snobisme anti -français, par bêtise ? Je ne sais pas , un mélange de tout ça surement … Je connaissais le nom, je savais à peu près ce qu’ils faisaient, j’ai même eu plusieurs occasions de les voir. Mais ça ne m’intéressait pas . Je devais surement penser qu’un énième groupe de pop anglaise était plus intéressant , ou tout simplement , je n’étais pas prêt .
A vrai dire, ce disque est un parfait exemple , en ce qui me concerne , du temps qu’il faut pour comprendre , accepter et digérer un disque . C’est assez évident quand on y pense, mais ce n’est pas forcément facile de passer de la pop geignarde de Brighter au post punk abrasif de Sloy . Dans un registre dérivé du hardcore , j’avais pourtant adoré Slint en son temps , mais là où Slint avançait lentement et sournoisement pour construire sa toile d’araignée, Sloy avait quelque chose de beaucoup plus frontal auquel j’étais peu habitué . Comme une bonne paire de claques dans la gueule . Et je n’étais pas un enfant battu ! Plutôt un mélancolique inconsolable .
Je ne saurais dire exactement quand Sloy est devenu fréquentable à mes oreilles , ce qui est sûr c’est qu’ils n’existaient déjà plus . Approximativement , je daterais cela au début des années 2000 , quand la nouvelle vague de post punk a débarqué et m’a permis de mettre un peu de rondeur, de folie dans les préjugés que j‘avais de cette scène, qui se résumait pour moi au versant sombre et dépressif de Cure, Joy division , X mal Deutschland , Sisters of Mercy … j’en passe et d’autres corbeaux . Je m’étais enfin intéressé de manière assidue à PIL , la compile rough trade post punk volume 1 était passée par là et puis j’étais aussi passé par le post rock et ses explosions parfois très violentes , le Math rock de Chevreuil, le post métal …bref des trucs un peu plus durs … j’étais enfin mûr pour me prendre un direct au creux de l’estomac.
Et j’ai apprécié ça . Au point de l’écouter régulièrement , après avoir cherché longtemps à retrouver les CD . De là à en déduire que je suis devenu maso ou psychopathe , je vous laisse contacter ma psy pour en discuter .
J’écris cette chronique à bord du ferry pour l’Angleterre, le casque sur les oreilles comme un adulescent autiste, et la mer agitée, parfait écho au bordel diffusé dans mes oreilles, m’évite de me lancer dans une danse frénétique et de me vautrer comme une otarie bourrée à la bière à l’écoute des albums de Sloy. Parce que j’ai choisi Plug en chronique, mais le groupe a eu l’excellente idée de ne sortir que trois albums, tous très bons. J’aurais tout aussi bien pu choisir Planet of Tubes ou Electrelite.
Plug, c’est donc le premier album du groupe, sorti en 1995. Sloy viennent de Béziers, s’installent à Rennes et commencent déjà à se faire remarquer en dehors de France. John Peel les invite notamment à enregistrer une Peel Session, et ils font les premières parties de PJ Harvey. Et pour Plug, ils vont chercher Steve Albini à la production.
Ce qui donne un disque qui ne cherche pas vraiment à séduire. C’est sec, tendu, minimal et physique. Il y a quelque chose de très direct dans le son et dans la façon dont les morceaux sont construits. Il y a cette façon de chanter, de hurler d’Armand Gonzalez, comme s’il était poursuivi par un serial killer, ou comme si c’était lui, on ne sait pas trop. Des hurlements cathartiques, comme un coup de pompe en plein tagada. Tout ce que je n’avais pas voulu entendre en 1995, ça fait maintenant 25 ans que ça dure.

  1. First Animal Pour démarrer et se mettre dans l’ambiance immédiatement, rien de tel que le premier titre de l’album, First Animal, qui démarre sur ce son de batterie bien sec, qui claque d’entrée, avec une voix filtrée qui m’évoque le début du titre Pornography de The Cure… mais on s’en éloigne très vite. C’est rugueux, ça donne d’emblée l’ambiance du disque, on n’est pas pris en traître. À peine 50 secondes : entre la batterie qui martèle, les guitares qui tranchent, la basse obsédante et massive, et cette espèce de chant-cri-hurlement… le headbanging est obligé de démarrer. Si ce n’est pas le cas, veuillez consulter.
  2. Pop On poursuit l’écoute du disque avec Pop, qui est loin de l’être… pop. La première fois que j’ai entendu ce morceau, je me suis posé des questions sur l’état de santé mentale d’Armand Gonzalez. Les « pop pop pop pop » sortent comme s’ils permettaient de laisser exploser toute la violence contenue dans le couplet, tendu et retenu, qui peut évoquer Jon Spencer Blues Explosion. Une superbe version de ce titre, enregistrée dans le cadre des lives de Nulle part ailleurs, est disponible sur le Net et mérite votre attention.
  3. Game Game démarre avec un son de guitare métallique. La basse est énorme et on trouve pour la première fois ce plan de batterie qu’on retrouvera plus tard sur d’autres titres de Sloy : saccadé, faisant penser à une mitraillette. Le morceau joue sur les moments de calme et les relâchements explosifs, évoquant Shellac, bien sûr.
  4. Exactly On poursuit le déroulé de l’album tel qu’il est présenté, montrant ainsi que le tracklisting a été parfaitement pensé. Aujourd’hui, Exactly, sans doute un de mes morceaux préférés de Sloy, parfaitement reconnaissable à ce refrain où la voix de Gonzalez m’aurait fait penser à une alerte de noyade sur le ferry si je ne connaissais pas ce morceau. Entêtant à souhait, on retrouve évidemment toute la lourdeur et l’énergie du groupe. Imparable.
  5. Many Things (To Wear) Enfin, on termine avec Many Things (To Wear), qui démarre avec un extrait de film, suivi d’un rire inquiétant de Gonzalez, conseillant aux enfants de s’enfuir… Même si vous n’êtes certainement plus des bambins, on vous conseille de rester pour écouter ce dernier titre et laisser, pourquoi pas, si vous le souhaitez, dérouler cet album qui ne souffre d’aucun point faible.
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Roule galette #42 : Puressence - s/t ( 1996, Islanc)

Puressence — Puressence (1996)

James Mudriczki chante comme si ses chansons étaient trop petites pour lui. C’est sans doute le principal problème de Puressence. Mais c’est aussi, paradoxalement, ce qui fait sa singularité.
Dans la visite des tréfonds de mon Alzheimer naissant, des groupes anglais de la Britpop, je pourrais vous en citer une tonne si je n’avais pas oublié leur nom, voire leur existence.
Puressence est une exception.
Même si je ne sais plus non plus comment j’ai découvert leur premier album, sorti en 1996 chez Island, ce disque éponyme me revient toutefois facilement en tête parce que je l’ai beaucoup écouté.
Je ne l’écoute plus régulièrement. Mais dès que j’en entends un morceau, quelque chose revient immédiatement. Appelez ça de la nostalgie, même si ça n’en est pas. J’appellerai plutôt cela une flamme, une énergie, à l’image de la superbe pochette de leur single India.

Puressence avait un peu tout pour plaire. Ils étaient de Manchester, plutôt beaux gosses, ils avaient le son, un côté épique assumé, mais aussi cette voix si singulière de Mudriczki.

Ils étaient capables de passer d’une caresse à une gifle en un clin d’œil, avec juste ce qu’il faut d’abrasif pour nous titiller les oreilles et juste ce qu’il faut de policé pour plaire au plus grand nombre.

Mais ça ne fut jamais vraiment le cas.

Ils ont cependant acquis un statut de groupe vénéré en Grèce. Le succès y est venu plus tard dans leur carrière, notamment avec Planet Helpless, qui atteindra la quatrième place des charts grecs.
Visiblement pas suffisant , pour que ça parvienne aux oreilles des dévêtus décérébrés ch’tis et autres Marseillais à Mykonos, à notre plus grand regret.
Alors oui, on peut trouver un côté putassier au premier album de Puressence, presque autant qu’à une personnalité politique au Salon de l’agriculture.
On peut aussi leur reprocher d’avoir cherché à remplir les stades à la place de Jim Kerr ou de Bono. Mais à vrai dire, au point où nous en sommes, je préfère des stades remplis pour un concert de U2 que pour un meeting de Marine Le Pen.

On peut leur reprocher leurs pochettes arty qui sentent bon le plan marketing.

Certes.
Et pourtant, ce ne sont pas des défauts rédhibitoires à mes oreilles .
À l’échelle de mes oublis chroniques ou de chroniques, cet album reste quand même un disque qui compte suffisamment pour que je m’en souvienne et que je le pose et propose aujourd’hui sur la platine de Roule Galette.

Cette ambition avouée ne me dérange pas.
Au contraire. Il y a des moments où cette démesure fonctionne parfaitement. Les chansons peuvent devenir lyriques, denses, énormes, et c’est justement ce qui leur donne leur force.
Les guitares, elles, ont quelque chose de rugueux dans ce premier album. Elles ne sont pas là uniquement pour fabriquer de grands paysages. Elles frottent, saturent, accrochent.
Les Chameleons ne sont jamais trop loin, et certaines textures peuvent aussi rappeler le Verve de A Storm in Heaven — surtout dans cette façon qu’ont les guitares de produire une matière autour des chansons plutôt que de simplement les accompagner.
Et puis il y a cette basse, très présente elle aussi, qui me rappelle encore une fois celle du Disintegration de Cure.
Ça pourrait même être parfois un son agaçant.
Mais il participe complètement à l’identité du disque : quelque chose de sombre, profond, mais lourd, qui empêche les morceaux de flotter complètement.
Au milieu de tout ça, Mudriczki a une voix difficile à ignorer.
Elle est immense, souvent perchée très haut, et elle donne aux chansons une dimension supplémentaire.
Même lorsque la musique reste relativement simple, il chante comme s’il fallait lui donner davantage d’espace, comme un Piaf qui demande à sortir de sa cage.
Mais il y a aussi des moments où le groupe ne cherche pas à remplir tout l’espace, et ça rend l’album tout aussi intéressant.
Dans ces chansons plus calmes, plus dépouillées, Mudriczki montre autre chose de sa voix : quelque chose de plus androgyne, presque féminin.
C’est probablement cette coexistence qui me plaît encore aujourd’hui dans ce disque.
Il peut vouloir être immense et, quelques minutes plus tard, devenir beaucoup plus calme.
Il peut avoir des guitares bruyantes et des passages acoustiques.
Il peut donner l’impression de vouloir conquérir un stade et simplement raconter une chanson.

Et puis il y a le reste, quand même. Sur les dix morceaux qui composent le disque une grosse partie tient encore parfaitement la route, trente ans après.
C’est aussi pour cela que je suis retourné écouter le deuxième album récemment.
Je ne l’avais pas vraiment réécouté depuis son achat. Et là, je me suis rappelé pourquoi je ne m’en souvenais pas.
Le son était devenu beaucoup trop poli pour que je continue d’y croire. Les aspérités avaient en partie disparu. Tout semblait plus propre, plus maîtrisé, peut-être aussi plus facile à aimer.
Ce ne fut pas mon cas.

Alors retour sur Puressence , pour ce 42 ème épisode de Roule Galette .

I Suppose

Je suppose que I Suppose doit être le premier morceau de Puressence que j’ai connu. Je n’en mettrais pas ma main à couper, évidemment, je ne voudrais pas assombrir le tableau clinique du chroniqueur , déjà bien mal en point.
Je me souviens vaguement du maxi. Mon pote Manu — celui qui m’a récemment reparlé de Puressence à propos du deuxième album — l’avait trouvé à Lille, rue de la Clé, chez un disquaire qui était un ancien vendeur de le boucherie Moderne. Le gars en avait trois ou quatre exemplaires. Évidemment, quand j’ai voulu aller l’acheter, il n’en avait plus.
Je n’ai donc jamais mis la main sur le maxi de I Suppose. Et ça, trente ans après, ça m’emmerde toujours un peu. Mais, bon , ça ne m’empêche pas de dormir quand même après 3 temesta et 2 Stillnox .
Le morceau, lui, contient déjà beaucoup de ce qui me plaît chez Puressence. La basse obsédante , le Delay de guitare ,la voix androgyne , les guitares saturées, l’énergie et le côté ouin ouin qui me sied parfaitement . Je vais bien , j’ suis sur que ça va aller , c’est, après tout , ce que tout le monde souhaite entendre , non ? Donc , je suppose que je vais bien . Pas vous ?

Mr brown

Mr brown , un morceau bien tendu , avec cette rythmique assez en avant , des guitares atmosphériques et une tension qui évoque une rencontre impromptue .On est loin du grand morceau fait pour lever les bras dans un stade. Ici, on est plutôt dans une rue mal éclairée, avec une histoire qui pourrait mal finir. Et elle finit d’ailleurs assez mal, si l’on s’intéresse aux paroles. Mr Brown raconte une rencontre qui tourne à la menace, avec de l’argent, des mensonges et cette fameuse histoire de « rubies in the glass ». Quelques années plus tard, Let Down reviendra d’ailleurs sur le personnage en annonçant sa mort.

Fire

Fire est un classique de Puressence, sorti en single. Il démarre sur une basse très référencée Cure, avant de laisser place à la voix androgyne de Mudriczki et de s’ouvrir sur un refrain épique qui aurait pu enflammer les stades… Pour un titre qui s’appelle Fire, ça aurait pu marcher. Il est désormais interdit d’écouter ce titre près des forêts.

Every House on Every Street

Every House on Every Street est un morceau plus acoustique de l’album, lorgnant moins vers le côté héroïque ou épique du groupe. Pas d’envolée de guitares ici. Au contraire, tout donne l’impression que le morceau cherche à disparaître au fur et à mesure de sa construction, allant même jusqu’à un refrain a cappella. Un morceau moins immédiat, mais tout aussi réussi.

India

Pour terminer, India, autre morceau sorti en single, particulièrement épique. La guitare d’entrée peut faire penser à celle de John McGeoch dans Arabian Knights de Siouxsie and the Banshees. Un titre à écouter très fort, qui alterne passages tendus et relâchés, avec cette fin épique : you can’t come back this time.
C’est le dernier titre de l’album et le dernier titre de la semaine ? On se retrouve la semaine prochaine, mais pour un autre album dans Roule Galette.