Roule Galette

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Chaque semaine , un album favori d'un membre de Saravadio

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Roule galette #31- THE DURUTTI COLUMN , lc (1981, Factory)

Comme une grande partie de mes découvertes musicales, j’ai connu The Durutti Column par l’intermédiaire du Hit du Snob, cette émission présentée par Patrick Félix sur RVN, Radio Voix du Nord, vers 1985.

Je dis “vers”, car j’ai de plus en plus de difficulté à dater précisément ces moments d’écoute, l’oreille collée au transistor pour ne pas faire trop de bruit. Si les souvenirs deviennent plus flous, l’impact de Durutti Column, lui, est resté intact.

Chaque jour, du lundi au vendredi, Patrick Félix égrainait l’actualité musicale en provenance d’Angleterre, de Belgique ou des États-Unis, pour un classement bien plus proche de ceux de John Peel que de ceux de Marc Toesca. Aucun risque d’y entendre Peter et Sloane ou Jean-Jacques Goldman. Un véritable havre de paix. Un refuge anti -beauf . 

Je découvre donc, par cet intermédiaire, l’EP Tomorrow, sorti début 1986. À l’époque, j’ai peu d’argent : les disques sont comptés, pesés, mesurés, avec parfois quelques écarts dus à l’impulsivité. Mais pour Durutti Column, je suis sûr de mon coup. J’avais déjà entendu ce morceau dans l’émission et j’en appréciais la mélancolie, ce chant fragile, presque susurré.

Une nuit, alors que je m’étais endormi, comme souvent, la radio allumée — ce qui impliquait un achat régulier de piles — je fus réveillé par cette chanson. Pas brutalement, mais comme par une présence singulière et douce. Une sensation étrange, entre présence et absence, une forme de saudade, entre rêve et réalité, qui s’est installée en moi toute la journée suivante, malgré un ciel D’hiver parfaitement radieux.

Quelques jours plus tard, j’allais acheter le disque à la Boucherie Moderne.
Un disque que j’ai épuisé, sans jamais parvenir à l’écœurement.

Bien avant les mails, j’avais même écrit à Patrick Félix pour obtenir des informations sur la discographie. Il me répondit quelques semaines plus tard en me citant The Return of the Durutti Column, LC, Another Setting et Without Mercy. Parmi ceux-ci, le premier sur lequel je suis tombé fut LC.

LC reste, sans conteste, mon album préféré du groupe. Le premier album, souvent cité, notamment pour sa pochette en papier de verre et la production de Martin Hannett, trouve moins grâce à mes yeux.

J’apprendrai beaucoup plus tard que LC figure parmi les albums favoris de Brian Eno. ce qui , en soi-même est un argument bien plus convaincant qu’une tentative de chronique balbutiante  d’un adulescent attardé. 

Pour cet album, Vini Reilly s’éloigne volontairement  de la production de Hannett . C’est aussi le premier disque sur lequel il  travaille avec celui qui deviendra son acolyte pour le restant de sa carrière, le batteur Bruce Mitchell , issue du jazz . La pochette est réalisée par l’épouse de celui-ci ,  Jackie Mitchell.

La majorité des titres sont issus d’ une cassette enregistrée sur un 4 pistes , dans la chambre de Vini Reilly, une nuit où il se sentait inspiré , en une prise, solo . Le lendemain , l’inénarrable Tony Wilson , boss de Factory , écoute cette cassette et ne veut pas la rendre à son auteur , il juge qu’il faut en faire un album . L’album est enregistré en 2 jours et demi , mixage compris . Bruce Mitchell dit qu’il s’agit généralement des secondes prises , la première servant à une courte répétition . Viny Reilly y voit principalement les défauts, notamment le souffle du  Roland space echo .

Bien que l’album soit en grande partie instrumental , ce qui était plutôt inhabituel pour moi à l’époque , il s’est subtilement installé  dans mon imaginaire musical , façonnant mes écoutes ultérieures , comme une espèce de mètre étalon . Ce n’est évidemment pas quelque chose que j’ai conscientisé immédiatement , mais bien plus tard, quand j’ai été capable d’y voir des réminiscences de son jeu de guitare si particulier , chez des groupes de post rock , ou quand encore plus tard, dans mon magasin de disques on me demandait de faire découvrir un disque , il n’était pas rare que je propose ce LC de Durutti Column . 

Je n’ai rien à vendre aujourd’hui , je garde précieusement les différentes versions de cet album qui a été réédité , agrémentés de nombreux titres bonus , j’ai juste à vous partager un de mes disques favoris , dans Roule Galette  LC par the Durutti Column . 

Pour démarrer, je vous propose Sketch for dawn version 1 , nous écouterons la version II demain . 

Le titre ouvre l’album et permet immédiatement de se familiariser avec le jeu de batterie de Bruce Mitchell et les guitares cristallines Vini Reilly . Il fait partie des rares titres chantés de sa discographie , Tony Wilson de Factory ayant deux objectifs , persuader Simon Topping d’A certain ratio de reprendre le chant  avec son groupe , et inversement , demander à Vini Reilly d’arrêter de le faire . Sa voix , pourtant noyée dans le mix , fait partie intégrante de la fragilité du tire , même si celui-ci représente l’un des morceaux les plus uptempo de l’album . 

L’autre version de Sketch for dawn , bien plus sombre et introspective que celle d’ouverture . L’ensemble est assez étouffé, le piano électrique, venant  toutefois contrebalancer la mélancolie inhérente à  la basse . 

Nous poursuivons avec Jaqueline , morceau instrumental  dédié à l’épouse de Bruce Mitchell , peintre , qui a réalisé la pochette de l’album , et celle du ep Deux triangles . Sorti à la même période . 

Aujourd’hui, Never known , un de mes titres favoris , celui qui, avec Tomorrow a déclenché mon amour pour Durutti Column , celui-là même que je jouais aux clients qui me demandaient d’écouter l’album . Un titre à écouter en roulant , lunettes de soleil , pour se protéger à la fois des rayons du soleil et des larmes qui pourraient révéler  l’ irrépressible mélancolie qui s’emparera  de vous à l’écoute de celui-ci . 

Pour terminer , l’impeccable The missing boy , un des classiques de The durutti Column . Avec lips that would kiss et sleep will come il s’agit du troisième titre de Vini Reilly dédié à Ian Curtis , le chanteur de Joy Division , dont on dit que Vini Reilly serait l’une des dernières personnes à l’avoir vu avant son suicide . 

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Roule galette #30 - ISIS, Panopticon (2004, Ipecac)

Cette semaine dans Roule Galette, je vous propose de découvrir ou redécouvrir l’album Panopticon d’Isis.
On change légèrement de terrain, un peu plus musclé que d’habitude. Rien ne me prédestinait à écouter Isis un jour.

En ce qui concerne l’évolution des goûts musicaux, plusieurs écoles existent.

Il y a bien sûr une écoute qui reste ancrée dans des repères de genre, qui fait que l’on revient souvent aux mêmes territoires, avec le risque de tourner un peu en rond, de reproduire une certaine habitude d’écoute.

Il y a aussi l’école des tendances, celle où l’on suit ce qui émerge au fil des médias, qu’ils soient mainstream ou plus indépendants, avec leurs “next big thing” qui passent et s’oublient parfois assez vite.

Étant relativement peu sensible aux critiques musicales, j’ai longtemps fonctionné par l’école label, celle qui fait que l’on creuse un sillon proposé par une maison de disque une fois avoir repéré un ou deux disques intéressants : ça a longtemps été le cas avec des labels comme Factory, 4AD, Beggars Banquet, Domino, Thrill Jockey, Sarah Records dont nous parlions récemment, Ché, Rocket Girl, Creation, Warp, Arbouse, Particule system   , Prohibited, Lithium… Je pourrais en citer des dizaines.

Sans être un complétiste, l’entrée dans la découverte musicale s’est souvent faite par cet intermédiaire, ce qui permettait d’élargir peu à peu son univers musical.

Puis il y a les recommandations, qu’elles viennent d’ami-es ou de lectures d’interviews, car les artistes citent régulièrement leurs influences. À force, quelques noms finissent par s’installer dans votre lexique mental musical, et vous êtes alors plus disposé à tenter l’écoute d’un groupe sur lequel vous n’auriez pas misé un kopeck quelques semaines plus tôt.

Et puis il y a ces disques qui vous sortent un peu de votre zone de confort, sans doute parce que vous en avez découvert d’autres auparavant, et qui vous ont permis d’être plus ouvert. Des disques passerelles, qui font le lien entre genres, qui balaient les a priori et bousculent vos certitudes.

Panopticon d’Isis est définitivement de ce dernier type.

En 2004, on peut dire globalement, sans trop mentir, que j’ai un peu le sentiment d’avoir fait le tour du post-rock, que le énième renouveau du post-punk (celui du début des années 2000, avec Interpol, The Rapture…) me donne plus envie d’aller piocher chez les fondateurs, et que le trip-hop est devenu source de disques de plus en plus formatés.

J’en ai fini avec la pop, je n’ai pas encore redécouvert la chanson française, je ne suis pas encore mûr pour le jazz, ni pour les musiques groove… Je commence un peu à m’ennuyer dans les quelques milliers de disques à la maison.

Je reçois, un peu par hasard, via Southern Records, ce disque d’Isis, dont j’avais lu quelques fois le nom dans des interviews du groupe Aereogramme, qui le citait régulièrement. Une bonne recommandation, en quelque sorte.

Un peu rassuré , je décide donc d’y jeter une oreille,  qui saigne très vite lorsque j’entends le chant hurlé, assez rédhibitoire à la première écoute , moi qui  viens de l’école fluette Sarah, des vocalises de Morrissey ou des lamentations de Robert Smith. Heureusement, Aaron Turner se calme assez vite, et surtout,  les plages instrumentales sont bien plus importantes que les moments chantés . Je trouve  même un titre totalement instrumental que je pourrais diffuser dans l’indie sociable… Ce morceau, “ALTERED COURSE ”, a été ma porte d’entrée dans Isis, Panopticon.

Un titre incroyablement évocateur, un voyage à lui seul, qui me transporte toujours autant plus de 20 ans après son écoute.

Au fur et à mesure des écoutes, la voix apparaît nettement moins gênante, et à y écouter de plus près, le côté guttural est peu présent sur le disque, comparativement aux précédents albums que j’ai découverts à reculons. 

Le titre de l’album n’est pas anodin .  Il renvoie directement au concept de panoptique, théorisé  par Michel Foucault : une structure où tout peut être observé en permanence. Et c’est intéressant parce que ça colle assez bien à l’expérience d’écoute. On est à la fois dedans — pris dans les masses sonores — et en train de regarder comment tout ça s’organise, comment ça se construit.

C’est peut-être ça, un des point clés de ce disque : il arrive à être à la fois immersif et analytique. On peut s’y perdre, ou au contraire suivre très précisément ce qui se passe.

Ce qui frappe, assez rapidement, c’est la manière dont le groupe construit ses morceaux. Pas logique couplet / refrain , la construction est beaucoup plus progressive,  presque architecturale, rapprochant cela du post-rock de Godspeed You! Black Emperor, Mono ou Mogwai. Les morceaux avancent par blocs, par strates, avec des montées, des plateaux, des effondrements. Et surtout, rien n’est là par hasard : chaque partie prépare la suivante.

Il y a aussi cette idée de tension permanente. Une tension qui ne passe pas uniquement par la saturation ou la puissance, mais aussi par l’attente, par les silences, par les moments plus calmes. Par moments, on est presque du côté de Pink Floyd dans la manière de faire durer une ambiance, de laisser un motif s’installer.

Mais en même temps ( n’y voyez aucune référence à Macron ) ça reste un disque très physique. Il y a du poids , de la matière. Mais ce qui est intéressant, c’est que cette lourdeur n’écrase jamais tout. Elle est toujours contrebalancée par autre chose : une nappe de claviers , des guitares ambiantes , une respiration, un détail qui vient déplacer l’écoute .

La production joue un rôle énorme là-dedans — le travail de Matt Bayles notamment. Le son est à la fois massif et très lisible. On peut entendre chaque couche même dans les moments les plus denses. Et ça donne une impression assez particulière : à la fois quelque chose de très large, presque comme une vue  aérienne , et en même temps quelque chose de proche, finalement assez  intime.

Dans la discographie du groupe, Panopticon arrive après Oceanic, qui avait déjà posé beaucoup de bases. Ici, cependant ,  tout est un peu plus maîtrisé, un peu plus précis, au regret des fans des premières heures . Les angles sont moins bruts, les transitions plus fluides. On a vraiment l’impression d’un groupe qui affine son langage

On peut entendre des rapprochements avec des approches plus post-rock dans la gestion des montées et des crescendos. Mais là où certains groupes s’arrêtent à une formule simple — montée lente puis explosion — ici les morceaux prennent des directions plus complexes, avec des ruptures, des détours, des changements de climat

Un disque passerelle, donc, entre le post-rock que je connaissais bien , mais aussi le post punk de Cure (la référence à Disintegration est flagrante )  et le post-metal que j’ai découvert par la suite avec Cult of Luna, Neurosis ou Amenra.

Pour démarrer , je vous propose ALTERED COURSE , donc , cet instrumental qui pourra vous permettre de découvrir ce groupe , si ce n’est déjà fait, sans avoir à se confronter au chant guttural . 

Un titre comme une traversée aérienne , sous orage , qui nous oblige à changer de cap . Le groupe  pilote dans un ouragan avant de rentrer en douceur soutenu par une batterie magistrale , ossature de cette pièce incontournable du disque . De la furie au désespoir d’avoir survécu . 

So did we, démarre l’album  . Le texte parle d’un cycle assez simple :

affaiblissement / mise à nu

perte de sens / déshumanisation , vision mécanique de la vie 

chute dans une forme d’innocence ou de liberté

usure par le temps

puis résistance

C’est un texte plus existentiel , qui indique une forme de résistance après s’être endormi dans un système  qui nous dépasse . 

In fiction , est sans doute le titre qui fait le plus ouvertement penser à The Cure pour la basse très proche de celle de Désintégration . Un morceau plus ambient , qui se durcit au fur et à mesure de son évolution . Le titre   évoque  la manière dont on se raconte des histoires pour se projeter, mais où ces histoires finissent toujours par révéler ce qu’on est vraiment.

Syndic calls , est un morceau totalement porté par une batterie à nouveau incroyable , intro très space  poursuite de wills dissolve, cela montre comment il est difficile d’extraire des titres isolés tant cet album est pensé comme un tout   .Syndic calls évoque un monde plus si dystopique que cela . On est clairement dans la logique  du panoptique de Foucault , le syndic appelle ton nom … 

surveillance

intériorisation du contrôle

impossibilité d’échapper au regard ou à la contrainte

Un break déchirant  à la guitare de michael Gallagher , vers 4 MINUTES 15 , puis la batterie reprend les reines de cette traversée dans un monde paranoïaque , les guitares ambiantes de MichaeL GALLAGHER rappellent son travail sous le pseudo MGR ( mustard gas and roses ) . IS it the last day ?   Un morceau qui décrit un monde déjà sous pression, presque après la catastrophe, où une forme d’autorité vous appelle, vous expose, et finit par s’installer en vous. On ne subit plus seulement le contrôle : on le porte.

Grinning mouth qui cloture cet album viendra clôturer notre écoute du disque  

Le texte parle d’un système où :

le pouvoir fabrique ou exploite la peur

les individus sont intégrés dans cette mécanique

la réalité devient floue

le discours dominant sature l’espace, mais la vérité circule autrement

On est dans une ambiance de :

contrôle par la peur

désinformation ou saturation de l’information

perte de repères entre vrai et faux . Toute ressemblance avec la période actuelle ne serait que purement fortuite . 

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Roule galette #29 - ADORABLE , against perfection (1993, Creation)

Cette semaine, dans Roule Galette, je vous propose de découvrir ou redécouvrir l’album Against Perfection d’Adorable.

C’est la première fois dans l’histoire de Roule Galette que je profite de cette émission à des fins promotionnelles, puisque nous recevrons en concert privé le chanteur d’Adorable le 19 avril. L’occasion était trop belle de se replonger dans cette madeleine de Proust que représente cet album.

Démarrer son premier concert le jour de la guerre du Golfe, dans un pub nommé Tic Toc : vu comme ça, 35 ans plus tard, on peut se dire que la carrière d’Adorable sentait la scoumoune à plein nez.

Pourtant, les débuts discographiques du groupe avec le single Sunshine Smile démarrent sous les meilleurs auspices. Après une signature chez Creation Records, le single se retrouve propulsé “Single of the Week” dans le NME, journal faiseur et dé- faiseur de gloires à l’époque.

S’ensuit un second single moins concluant (de l’aveu même du chanteur et guitariste Piotr Fijalkowski), qui contribue à écorner l’image du groupe, décrit comme arrogant. Un troisième single, devenu un classique du groupe, Homeboy (qui ressortira d’ailleurs cette année dans le cadre du Record Store Day), n’attire que peu l’attention des médias. Le quatrième single, Sistine Chapel Ceiling, est lui aussi classé “Single of the Week” au début de l’année 1993, juste avant la sortie de leur premier album, Against Perfection.

Bien que les singles se classent tous dans le top 5 des charts indie, les ventes ne décollent pas. Les relations avec la presse se compliquent, en partie à cause de l’attitude du groupe en interview.

À l’époque, de nombreux groupes critiquaient ouvertement la musique du moment et en ressortaient comme des anti-héros admirables. Adorable, eux, passaient pour des crétins, des gosses de riches parlant de cinéma français et de Proust tout en méprisant leurs pairs.

Lors de leur première interview pour le NME, ils furent qualifiés de « groupe pop le plus arrogant » et de « profiteurs prétentieux, individualistes et imbus d’eux-mêmes ». Le Melody Maker ne leur accorde aucune interview et les chroniques sont désastreuses.

Si la presse détestait leur attitude, Alan McGee, lui, l’adorait et s’efforçait de promouvoir le groupe sous cet angle, produisant des photos promotionnelles où figurait un panneau “Arrogant”. Un t-shirt “Adorable Arrogant, le groupe que vous adorez détester” est même proposé.

Pour parachever ce malentendu, le groupe est rapidement consterné lorsqu’il arrive aux États-Unis pour promouvoir l’album. Cette publicité a traversé la Manche, et ils doivent arracher des affiches pour la promotion de leur tournée, eux qui pensaient arriver là en redémarrant sur de nouvelles bases.

Par ailleurs, le distributeur américain est en désaccord avec Creation, qui a signé dans leur dos un deal avec Sony, et le groupe est utilisé comme souffre-douleur dans leurs règlements de comptes.

Bref, on fait difficilement pire comme contexte pour promouvoir un album.

Par ailleurs, le groupe arrive à une période de fin de règne du shoegaze et avant l’apogée de la Britpop, ne rentrant pas véritablement dans les cases que les journalistes aiment utiliser pour décrire un artiste.

Musicalement, le groupe revendique plutôt un héritage d’Echo & the Bunnymen, des Psychedelic Furs ou encore de The Jesus and Mary Chain, des références nettement plus eighties.

Against Perfection, à la base intitulé Against Nature, puis Against Creation, a pourtant tout d’un disque qu’on ne saurait réduire à ce que la presse en a fait. Il présente un excellent équilibre entre chansons tendues, hits en puissance et morceaux plus introspectifs.

Le groupe sort dans la précipitation en 1994 un second album, Fake, toujours très intéressant mais moins immédiat. Ils sont virés malhonnêtement de Creation, ce qui amènera Noel Gallagher à confier à Alan McGee que renvoyer Adorable avait été l’une de ses plus grosses erreurs, tandis que d’autres artistes, comme Ash, Slowdive et Brian Jonestown Massacre, ont tous exprimé leur admiration pour le groupe.

L’album gagnera, bien après la séparation du groupe, en reconnaissance. Le groupe s’est reformé pendant une semaine en 2019 pour une série de concerts uniques qui ont affiché complet en un temps record, se produisant dans des salles plus grandes qu’à leur apogée pour clore proprement le chapitre Adorable.

Si les trois membres du groupe ont poursuivi d’autres carrières, Pete Fij a continué dans la musique avec son frère Krystof, ex-Bardots, au sein du projet polak chez One Little Indian, avant de mettre sa carrière en pause. Il revient des années plus tard pour deux magnifiques albums en collaboration avec Terry Bickers, ex-House of Love.

En 2026, il annonce un nouvel album solo pour juillet et passera par chez nous pour une date unique en France le 19 avril. Vous pouvez nous contacter pour plus d’informations via notre site internet.

Pour démarrer cette semaine, je vous propose d’écouter A to Fade In.

Un morceau devenu emblématique d’Adorable, qui porte en lui quelque chose de très simple et très fort à la fois. Il y a dans ce titre une forme de nostalgie immédiate et  instinctive.

Et c’est exactement ce que ce morceau m’évoque, parce qu’il me renvoie à la première fois où j’ai vu le groupe, à Paris, au Rex. Une nuit qui s’est terminée bien après le concert, à attendre le premier train vers 6 heures du matin, à moitié affalés dans les sofas de cette boîte , épuisés, avec juste une bière à 30 francs pour faire durer la nuit.

Au-delà de cette image, le morceau parle de mémoire, de ce qui s’efface, de la peur de disparaître, et de cette envie très simple, presque enfantine, de continuer à exister, de rester visible. Un titre profondément triste qui a clôturé tous les rappels lors de la reformation du groupe en 2019 . 

Sistine Chapel Ceiling est le quatrième single d’Adorable. Il a été élu “single of the week” et sort juste avant l’album, contribuant en partie à sa reconnaissance.

Le morceau démarre sur une basse très marquée, assez eighties, qui peut rappeler Echo & the Bunnymen, puis une batterie plus nerveuse, très typée début des années 90.

C’est un titre énergique,  qui porte aussi une idée simple : celle de vouloir s’extraire du réel, de prendre de la hauteur, de se décaler de ce qui nous entoure.

Cut #2 est un titre qu’Alan McGee aurait voulu sortir en single, sans que cela ne se fasse finalement.

Le morceau parle de mots qui dépassent la pensée et qui blessent profondément. Des phrases dites sans réfléchir, mais qui marquent durablement.

Dans le contexte du groupe, on peut aussi y voir une forme de réponse indirecte à la presse, notamment au Melody Maker, même si le morceau reste avant tout universel dans son propos.

Musicalement, c’est un titre assez tendu, qui monte en intensité jusqu’à des guitares plus apocalyptiques, avec cet effet de sirène qui renforce ce sentiment d’urgence  émotionnelle.

Breathless clôture l’album Against Perfection. Un morceau plus intime, presque épique, avec une dimension très romantique.

Peu joué en concert à l’époque, il a pourtant trouvé une nouvelle place lors des concerts de reformation de 2019, où il a servi de titre de clôture.

C’est un morceau qui a progressivement gagné le statut de favori auprès des fans, et qui est aujourd’hui souvent cité parmi les meilleurs titres du groupe.

Il a cette qualité rare des grands morceaux de fin d’album : celle de donner immédiatement envie de réécouter l’ensemble, comme une boucle naturelle.

Et les concerts de 2019 ont justement provoqué ce même effet : l’envie immédiate de se replonger dans la discographie courte mais dense du groupe.

Nous clôturons cette semaine avec l’immense “Homeboy”, leur tube qui ne fut pourtant jamais un tube, laissant le groupe dans une totale incompréhension.

Le morceau est porté par une rythmique tribale et une basse énorme, avec ce refrain à hurler : “You’re so beautiful”.

Un titre qui me ramène inévitablement à leur dernier concert en 1994 à Bruxelles, puisqu’ils l’avaient joué deux fois. Une virée mémorable, pour notre premier trajet en voiture hors frontière, sans GPS ni carte routière. Deux heures à tourner avant de finalement trouver le VK.

C’est là, avant le concert, qu’un fan nous apprend qu’il s’agirait du dernier concert du groupe. Étonnés, soulagés — nous devions les voir le lendemain à Paris — et profondément déçus, la rumeur se confirme dès l’entrée sur scène.

Piotr, d’un français approximatif, annonce alors : “Ce soir, Adorable n’existe plus.”

Une dure réalité, celle d’un groupe rattrapé par des ventes médiocres. Je me souviens d’ailleurs avoir rencontré Robert, le guitariste, à l’issue du concert. Il nous confiait avoir été viré de Creation, que le label se concentrait désormais sur Oasis, qu’il trouvait excellent… et que, finalement, c’était sans doute mieux ainsi.

Nous n’aurons pas eu à subir des albums décevants au fil des années.

Adorable, le groupe qu’on aurait adoré aimer pour longtemps, s’efface le 11 novembre 1994, jour de l’armistice.

Si ce n’est pas la scoumoune, ça…

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Roule galette #28 - HIGELIN , bbh75 ( 1974, Emi)

Cette semaine dans Roule Galette , je vous propose de découvrir ou redécouvrir , l’album BBH 75 , de Jacques Higelin . 

Oui , je sais , les disques des séventies ne sont pas tous sortis en 1975 ! C’est vrai qu’après Julos Beaucarne, Vassiliu et Neu ! , on pourrait se poser la question ? Pourquoi donc, il ne propose que des disques sortis en 75 ! Pas la peine d’appeler ma psy, Je vous rassure, je ne fais pas une fixette sur cette année . D’ailleurs, ce disque d’Higelin , bien que nommé BBH 75 est sorti en 1974  , il existe même quelques exemplaires promos avec le titre BBH 74 . 

Faire une chronique sur Higelin  sur Saravadio  me parait tellement évident que je me demande comment je n’en ai pas encore fait auparavant . Higelin représente pour moi  une sorte de Sainte trinité : le père, le frère et l’esprit libre . 

Le père , d’abord, car je l’ai découvert au moment du décès du mien . Le frère , ensuite, car c’est mon grand frère disparu trop tôt , qui me l’a fait découvrir  , et pour  l’esprit libre , ça se passe de commentaires . 

Commençons déjà par lui rendre hommage pour le nom de cette webradio : sans l’écoute de tiens , j’ai dit tiens , un soir de 1979 , je n’aurais jamais pensé à m’intéresser à la musique , au label Saravah , à Brigitte Fontaine et Areski , à l’écoute tardive de radios fm,  l’oreille collée au transistor . 

Ensuite , les rares lectures de biographies d’artistes que j’aime se concentrent principalement autour de lui . C’est un être qui a forgé ma pensée , mes idées , mes idéaux , mon rapport aux gens , au travail , à la politique . 

Higelin m’a accompagné une grande partie de ma vie , et même si je l’écoute beaucoup moins qu’auparavant , je ne boude pas une réécoute de ses disques Saravah , de Aï , de champagne, Caviar, No man’s land , alertez les bébés ou Higelin 82 . 

Mais revenons à BBH . Si l’on se réfère à sa discographie , son dernier album date de 1971 :  le magnifique , bien que bancal , crabouif . Entre 71 et 73, , Higelin s’installe en communauté à St Ouen avec Catherine le Forestier, puis dans les Alpes de Haute Provence à Noyers sur Jabron près de Sisteron . Là , par l’intermédiaire de Valérie Lagrange , il fait la rencontre de Simon Boissezon , guitariste taciturne et incroyablement doué qui a notamment joué dans docdaïl avec Ticky Holgado . 

A l’époque, la dernière apparition scénique d’Higelin a été une catastrophe . C’était en ouverture de Sly and the Family Stone , à l’Olympia en juillet 73 . Débarquant avec son accordéon , il est rapidement hué par le public . Vexé, Higelin quitte la scène en leur disant : je reviendrai, mais pas tout seul  . Le lendemain , il file aux puces de Saint -Ouen , s’achète un jean et un blouson de cuir   ,se rase les sourcils . Exit  la barbe de 3 jours, les chansons  folk expé période Saravah : place à l’urgence rock et au combat . 

Avec Boissezon aux guitares et basses et Charles Benarroch à la  batterie et percussions , ils fondent BBH pour les initiales des 3 musiciens . 

A celles et ceux qui s’étonnaient de cette mue  de 74 , Higelin a plus tard reconnu qu’il écoutait déjà pas mal de rock à l’époque et que le changement n’était pas si étonnant que cela . Il évoque les Stones, les Beatles, Bowie, Marc Bolan …

Higelin, qui n’a plus de contrat avec une maison de disques depuis 71 , cherche une nouvelle écurie et trouve le soutien du directeur artistique Claude Dejacques , dont nous avons déjà parlé sur le roule galette consacré au percussions de Gainsbourg, pour une signature chez EMI . 

Musicalement, BBH 75 est un mélange d’énergie rock et de poésie libérée. On y retrouve des riffs percutants, une base rythmique qui frappe sans cesse et une série de chansons où la voix d’Higelin n’hésite jamais à aller vers une expression brute. Ce n’est ni de la chanson traditionnelle, ni du rock progressif. On est dans quelque chose de beaucoup plus brut, proche de l’électricité des Stooges ou du MC5, une forme de proto-punk avant l’heure , voire de la folie psychédélique de Funkadelic . 

L’album vend relativement peu ,8 000 EXEMPLAIRES, mais il marque terriblement les esprits . Il est souvent considéré comme l’un des premiers disques réellement rock en France , il a  été classé dans les 100 meilleurs albums français par les inrockuptibles !!! Même la girouette  Manoeuvre le classe finalement  parmi les disques Français importants . Plus sérieusement , on peut considérer que ce disque a ouvert la voix à la scène rock française de la fin des années 70 avec des groupes comme Téléphone, Starshooter, ou encore Bijou . L’album a par ailleurs souvent été cité comme fondateur par des gens aussi divers que Gérard Blanchard, Cali , Rodolphe Burger ou encore Charlélie Couture .

On a commencé avec “Paris-New York, New York-Paris”, une entrée en matière trompeuse : une attente presque tranquille à Orly qui bascule progressivement vers quelque chose de plus dur, plus urbain, jusqu’à l’explosion finale. Un morceau qui résume à lui seul la tension du disque, entre récit, ironie et décharge électrique.

On a ensuite traversé “Œsophage Boogie, Cardiac Blues”, avec ce son de guitares volontairement crado, presque sale, qui vous saute à la figure. Là, plus de doute possible : Higelin est en train de faire un vrai disque de rock, porté par l’énergie brute du trio.

Puis “Chaud Bizness Chaud”, où il démonte sans détour le monde du show-biz. Un thème très présent à l’époque — on pense à Jean Yanne — mais ici porté par un son énorme, grâce notamment au travail de Roger Ducourtieux, avec ce jeu de panoramique qui donne l’impression d’un chaos parfaitement maîtrisé.

Avec “Est-ce que ma guitare est un fusil”, on est au cœur du personnage Higelin : une écriture organique, presque physique, et un groove impressionnant, construit avec peu de moyens mais une intensité maximale. Un classique, tout simplement.

Et puis on a terminé avec “Une mouche sur la bouche”, respiration acoustique dans un disque tendu et urbain. Un moment suspendu, presque paresseux, qui montre déjà son goût pour capter le réel, le vivant, jusque dans les sons extérieurs.

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Roule galette #27 - VARIOUS SARAH RECORDS , temple clouds (1990, SARAH records)

Cette semaine dans roule galette , je vous propose de découvrir ou redécouvrir la compilation temple cloud , du label Sarah records .

Lors d’un récent épisode de roule galette sur les Peel sessions de movietone , nous avons eu l’occasion de parler de Bristol , et c’est sans doute cela,  qui m’a donné envie de réécouter cette madeleine de Proust que représente le label Sarah records . Un label extrêmement important pour moi , qui a marqué une certaine forme d’affranchissement d’avec les courants musicaux que j’écoutais jusque là , pour faire vite disons  le post punk  ou la new wave ,  pour partir vers des contrées plus pop … L’évolution de la musique dans la seconde moitié des années 80 ne me correspondait plus vraiment , j’étais hermétique  au virage de plus en plus musclé de l’EBM , les prémices de la scène ACID me laissait de marbre,l’indus ne me parlait pas plus que çaet l’évolution du rock gothique comme les sisters  of Mercy était d’un kitchissime ridicule . En dehors des legendary pink dots , Il n’y avait guère que les Jesus and mary chain et toute la scène naissante C86 qui m’intéressait … c’est à peu près à cette époque que date mon divorce d’avec le mouvement cold wave/gothique/post punk corbeau) . 

Les années Sarah , correspondent à mon arrivée à l’université , un début d’émancipation qui  permettait d’accepter une sensibilité plus affirmée , moins dictée par le besoin d’être ou de paraitre normal . Sarah records, avec ses chansons acnéiques post pubères , a été un compagnon de chemin pendant toutes ces années post lycée . 

Pour comprendre cette compilation, il faut remonter à 1987 à Bristol, quand deux passionnés de musique créent un label indépendant appelé Sarah Records. Ses fondateurs, Matt Haynes et Clare Wadd, sont eux‑mêmes issus de la scène fanzine anglaise de la fin des années 80 : avant Sarah Records, ils animaient des fanzines comme Are You Scared To Get Happy? et Kvatch, supports critiques et passionnés qui étaient accompagnés parfois de flexidiscs.  Ce contexte explique d’emblée ce que ce label défendait : pas de stratégie commerciale, plutôt  une culture de la musique indépendante pensée par et pour les fans, avec une communication personnelle, un souci de cohérence et une proximité forte avec les artistes.

Sarah Records s’inscrit dans une époque où l’indie britannique se redéfinit. Quelques années avant, en 1986, la compilation C86 publiée par NME avait contribué à définir une esthétique indie jangly et guitaristique, que beaucoup de groupes de la fin des années 80 prolongeront.  Le label se réclame également de la jeunesse écossaise « the sound of Young Scotland » , référence aux labels fast , ou encore Postcard , le label d’Orange Juice. 

Le label de Bristol prolonge et enrichit cette esthétique avec une éthique DIY inspirée du punk rock , un sens de la débouille clairement assumé , des puristes pop , sans aucun besoin d’artifices , ni volonté d’apparaitre cool ou hype . Par ailleurs , choisir un prénom de fille comme nom de label était un acte assez rare dans un univers dominé par les hommes . Sans être ouvertement féministe, Sarah records a toujours eu en son sein un nombre important de femmes musiciennes , chanteuses à une époque où cela restait encore rare . 

Musicalement, Sarah Records publie des groupes et des projets qui seront emblématiques de l’indie pop britannique : The Field Mice, The Orchids, Another Sunny Day, Heavenly, Blueboy, The Wake, Brighter ou encore St. Christopher. Ce sont des artistes qui, souvent en 7 pouces , explorent des mélodies sensibles, des guitares claires et des voix expressives, avec une touche d’émotion qui échappe à une simple étiquette de pop « mignonne ». Le terme “twee pop”, souvent collé à ce son, a été explicitement rejeté par les fondateurs du label, car il sous‑estimait leur démarche artistique et pouvait porter une connotation péjorative.

En 1990, Sarah Records publie Temple Cloud: A Sarah Compilation. Il ne s’agit pas d’un classique best‑of retrospectif sorti bien après coup, mais d’une compilation officielle conçue par le label lui‑même, qui rassemble des titres jusqu’alors dispersés sur des singles 7 pouces, ou 45 tours si vous préférez . Ces titres n’avaient pas été intégrés dans les rares albums originaux des artistes concernés, et les regrouper permettait de les faire mieux connaître à un public plus large. La compilation elle‑même comprend 16 morceaux représentatifs de la première période du label compris entre les références 13 et 28 du label. Elle fait suite a shadow factory , la première compilation du label s’occupant des 12 premières références . 

Le titre Temple Cloud fait référence à un village près de Bristol, rendu familier pour beaucoup par le trajet du bus 376 qui reliait Bristol à Wells et passait par cet endroit. C’est une image simple, proche, presque quotidienne, qui correspond bien à l’esprit du label : une pop pensée pour l’écoute au quotidien, pour les trajets, les moments de réflexion et de découverte personnelle. En ce qui me concerne , elle correspondait plutôt à mes trajets Lille -Lens en autobus .

Pour une fois , la France ne fut pas en retard sur la reconnaissance du label , aidé en cela par la distribution des disques par Danceteria , créé par les fondateurs de la boucherie moderne à Lille. Les Field Mice ou Blueboy ont joué leurs plus gros concerts en France . 

Sarah Records poursuivra son projet jusqu’en 1995, date à laquelle il cesse volontairement ses activités après la sortie de sa centième référence. Cette fin n’est pas le résultat d’une faillite ou d’un désintérêt : les fondateurs ont décidé de mettre un terme au projet plutôt que de le laisser dériver vers une dynamique commerciale ou administrative qu’ils jugeaient incompatible avec leurs principes.

Aujourd’hui encore, Sarah Records est cité comme une référence majeure dans l’histoire de la pop indépendante britannique, non seulement pour sa musique, mais pour sa manière d’être — un projet artistique cohérent, une résistance à la marchandisation et une attention particulière à l’égalité créative. Deux livres (popkiss et these things happen ont été publié , et un documentaire vidéo my secret world est également disponible . Les références se revendant à prix indécent sur discogs, heureusement des labels comme LTM , Cherry red ou colourful Storm ont réédité quelques un de leur disques , ce qui n’a pas pour autant fait baisser la côte des premières références . 

Pour démarrer la découverte ou redécouverte de cette compilation , je vous propose un titre de the wake , Carbrain . 

Ce titre est intéressant à plusieurs points , car the Wake est le premier groupe signé chez SARAH qui a déjà sorti des disques sur un gros label . The wake  était membres de l’écurie Factory , label de Joy division new order , durutti Column ou Section 25   . A l’époque le groupe était accusé de suivre un peu trop l’évolution Joy division/new order , sans développer leur propre  identité . Après un hiatus de quelques années ils réapparaissent sur Sarah et peuvent en cela être emblématique de l’évoultion du post punk vers des terrains plus pop  , plus indie , quand une autre partie de la scène a suivi un courant plus indus , ou alors a suivi le courant house … 

On les retrouve ici avec le titre Carbrain , face B du 45 tours crush the Flowers . 

Aujourd’hui , song Six des Field Mice . Les Field mice, sont incontestablement le groupe le plus connu de l’écurie Sarah records . Ils ont été soutenus par Bernard Lenoir qui leur a consacré une white session et par les inrockuptibles avec le titre sensitive, leur Hit, qui a été placé dans une compilation  . Le morceau song six, est loin d’être le plus connu du groupe, il figure, sur la la face B des 45 tours the Autumn store . On ne le retrouve ni sur la compilation du groupe parue chez SARAH  ni sur celle parue chez Shinkansen ( le label post Sarah de Matt Haynes ) . Il s’agit pourtant d’une chanson intéressante et qui garde toute sa pertinence actuellement , face à une vague affligeante de masculinistes . La chanson critique le comportement sexiste et agressif de certains hommes. Elle parle des hommes qui harcèlent les femmes, qui confondent domination et autorité, ou qui sont insensibles et cruels. L’auteur exprime à la fois du dégoût et de la honte pour le genre masculin, en se distanciant de ces comportements et en soulignant le contraste avec ce qu’est un homme respectueux et doux. 

Aujourd’hui , un autre classique du label , you should all be murdered de another Sunny Day , le projet d’Harvey Williams , musicien qu’on retrouvera dans plusieurs formations du label ( Field mice, blueboy ) ou sous son propre nom . La compilation London weekend d’Another Sunny Day peut se targuer d’être le disque le plus recherché de ma discothèque avec des tarifs absolument démentiels , alors qu’une version cd est sortie , agrémentée de Bonus tracks pour 10 fois moins cher . La folie du capitalisme que dénonçaient les fondateurs du label , les prend à leur propre piège . You should all be murdered  exprime une haine intense et violente envers certaines personnes , notamment celles qui parlent trop , alors autant se taire et écouter you saoul all be murdered . 

Une autre chanson emblématique du label , St Chistopher, avec all of a tremble . St. Christopher est un groupe d’indie pop britannique formé à York en 1984. Le groupe s’articule principalement autour du chanteur et compositeur Glenn Melia, qui en restera le seul membre constant pendant toute son histoire . Ils publieront quatre singles

un mini-album 10 pouces intitulé Bacharach (1990)n  mais sortiront de nombreux autres disques sur des labels comme Vinyl Japan  , slumberland , parasol ou élefant … 

All of a tremble fut asussi beaucoup diffusé par l’intermédiaire des inrocks et de Bernard Lenoir .  C’est un groupe cité à plusieurs reprises par Dominique A  , à ses débuts . Certains commentateurs ont comparé certaines intonations vocales de Melia à Scott Walker, notamment dans la dimension dramatique de son chant.

Pour finir , Noah’s ark de brighter , chanson qui clôture cette compilation . Ce trio de Worthing a publié quelques-uns de ses singles les plus délicats entre 1989 et 1992 : around the world in 80 days , Noah’s Ark, et aussi un mini album Laurel .  On retrouve ici cette signature claire et sensible du label : guitares cristallines, voix mélancoliques, mélodies directes post pubères dans leur sincérité.

Bien sûr le choix, comme toujours fut difficile , et ne saurait représenter , n’en déplaise aux détracteurs du label , la diversité des approches S’il ya indéniablement un unité Sarah records dans la discographie du label , il y également différents styles qui n’ont pas été diffusés … du shoegaze de Secret chine ou éternel à. La pop groovy des Sugargliders en passant par le punk de Boyracer ou l’élégance de the Orchids … l’occasion de revenir sur ce label lors d ‘un autre épisode de roule galette