CETTE semaine dans Roule Galette, je vous propose de découvrir ou redécouvrir l’homme à 3 mains de Katerine , paru en 1999 .

Cette année-là, Philippe Katerine sort deux albums en même temps : Les Créatures et L’Homme à trois mains. Deux disques qui désarçonnent son public grandissant.
À cette époque, Katerine s’est construit une image de dandy assez élégant avec une pop raffinée, des arrangements soignés et une certaine délicatesse, entre bossa nova et easy listening , très référencés cinéma des années 60.
Aussi, quand arrive ce diptyque , Le contraste avec les disques précédents est assez brutal.
Les Créatures est composé avec les Recyclers, groupe de Jazz un peu free sur les bords , provenant de la galaxie rectangle , de Quentin Rollet et Noël Akchoté . L’Homme à trois mains, lui, est un disque solitaire. Katerine expliquait à l’époque qu’il ne voulait pas choisir entre ces deux manières de travailler : il voulait conserver ces deux dimensions et les faire dialoguer.
L’homme a trois mains apparait donc comme un disque plus dépouillé. Katerine y joue seul, enregistre seul, et laisse entrer dans ses chansons une quantité de choses qui auraient probablement été écartées dans un disque plus conventionnel. Des idées étranges, des ruptures, des paroles absurdes, des moments presque inquiétants qui dénotent complètement avec l’image de gendre parfait , un peu benêt , fraichement sorti d’un film de Jacques Demy, qu’il avait développé sur ses disques précédents. L’album commence par cette phrase : non je ne suis pas schizophrénique , mais appelez-moi encore Patrick . Ça donne tout de suite une idée du propos .
Pourtant, ce n’est pas un disque expérimental au sens où on pourrait l’entendre, n’y cherchait pas des relans de Fred Frith ou de je ne sais quel artiste obscur que seules 8 personnes connaissent ! Non ! Cela reste toujours des chansons, juste un peu décalée, comme on dit , en terme artistique ou Atypique en langage Pole emploi ou linked in.
La bossa nova y tient une place prépondérante, donnant l’impression d’écouter quelque chose de léger et de paisible si l’on fait abstraction des textes et des thèmes abordés . Le propos est tantôt drôle, tantôt complètement absurde, mais il subsiste derrière tout ça quelque chose de beaucoup plus sombre. On a l’impression d’entendre quelqu’un qui nous fait rire tout en nous laissant entrevoir qu’il ne va pas très bien.
On y trouve également des titres plus dérangés, comme Le Simplet ou Petit Philippe, qui montrent une autre facette de Katerine. Mais même là, ce n’est jamais une plaisanterie. Il y a toujours quelque chose de fragile derrière le jeu. Katerine y balance ses doutes, ses failles, ses questions enfouies , remet en cause son éducation , met en scène sa mort …
Ça n’est jamais trop éloigné de la tradition du label Saravah de Pierre Barouh , à David Mac Neil en passant bien évidemment par Brigitte Fontaine , dont Katerine avait déjà repris deux titres avec les recyclers sur la compilation morceaux choisis
En 1999, Philippe Katerine ne sait évidemment pas encore tout ce qu’il va devenir. Mais avec L’Homme à trois mains, il montre déjà qu’il ne va probablement pas suivre une trajectoire très droite. Et c’est peut-être finalement ça, le plus intéressant dans ce disque : on entend un artiste qui commence à comprendre qu’il peut faire à peu près ce qu’il veut. Et qui va désormais avoir beaucoup de mal à s’en empêcher.

On commence par le magnifique Gare Montparnasse, une bossa qui apparait comme le titre sans doute le moins dérangé , si l’on fait abstraction de ce fameux homme à trois mains dont on se demande d’où il peut bien sortir …
Aujourd’hui , le simplet, premier véritable pétage de plomb de l’album . Katerine y fait référence à son adolescence , sans concession . Un miroir tendu face à la cruauté des autres, lorsqu’on est différent .
Le bonheur, autre bossa nova , nonchalante et dérangée , où Katerine fait se croiser les catholiques avec les cinémas pornographiques.
Petit Philippe est un autre pétage de plomb , où Katerine règle clairement ses comptes avec son éducation catholique .
Aujourd’hui , moi -même , autre splendide Bossa , entre narcissisme et schizophrénie.