Cette semaine dans Roule Galette, on remonte au milieu des années 90 avec le premier album de Radar Bros., tout simplement intitulé Radar Bros.
Le groupe se forme à Los Angeles autour de Jim Putnam, que certains connaissent déjà pour son travail avec Medicine, formation emblématique du shoegaze et du noise rock américain, notamment responsable du single « Aruca », très influencé par My Bloody Valentine.
Mais ici, changement radical de décor. Exit les guitares saturées et les nappes bruitantes : Radar Bros. développe une musique lente, retenue, mélancolique, où les morceaux semblent suspendus.
J’ai découvert ce groupe dans le fameux magasin Selectadisc, déjà évoqué lors de l’épisode sur Neu! ’75. Immédiatement, j’y ai senti une familiarité, entre les harmonies vocales du Pink Floyd de « Fearless » et la lenteur et le minimalisme de Low ou Codeine.
Jim Putnam ne cache pas son admiration pour « Fearless » de Pink Floyd. Et il y a un joli détour à faire par Low également, puisque le groupe reprendra « Fearless » quelques années plus tard.
Le disque paraît au milieu des années 90, à une époque où le rock indépendant américain explore toutes sortes de voies, entre le post-rock naissant, le slowcore et les formes plus dépouillées de la pop. Radar Bros. ne cherche pas à faire du bruit ni à imposer une signature spectaculaire. Les chansons prennent leur temps, les guitares respirent, les voix restent à distance. Et pourtant, sous cette apparente nonchalance, les mélodies s’accrochent.
Le groupe va progressivement trouver son public, notamment en Europe, où il tourne en première partie d’artistes comme Kelly Deal et Godspeed You! Black Emperor. Ce premier album lui permettra aussi de trouver un partenaire européen : les disques suivants paraîtront chez le label écossais Chemikal Underground, connu notamment pour avoir accompagné Mogwai, Arab Strap et The Delgados.
Depuis, Jim Putnam poursuit son chemin musical en dehors de Radar Bros. Il a notamment collaboré avec Mickaël Mottet, le musicien français connu entre autres pour son projet Angil, sur un album commun paru en 2014 chez We Are Unique! Records. Plus récemment, en 2025, il a sorti un album solo sous son propre nom, également sur ce label français.
C’est aussi ce qui rend cet album si particulier : il ne cherche pas à séduire immédiatement. Il installe plutôt une atmosphère, et c’est en y revenant qu’on en mesure la richesse. Pour moi, c’est un parfait disque d’automne.
Pour les morceaux, cette semaine, je vais faire un peu différemment. Je ne vais pas chercher à expliquer les titres, ni à interpréter des paroles dont je ne suis d’ailleurs pas toujours certain de saisir le sens. Il y a des disques qui s’écoutent sans qu’on éprouve le besoin de les comprendre. Celui-ci en fait partie.
Ça me rappelle cette phrase de Trisomie 21, sur Million Lights : « Il y a quelque chose de ridicule à expliquer les choses. Mais le pire est de donner du sens à ce qui n’en a pas. »



