Cette semaine dans Roule Galette , je vous propose de découvrir ou redécouvrir le premier album de Sloy , Plug .
Un disque que j’ai longtemps ignoré , non parce que je ne les connaissais pas, mais parce que j’avais décidé que ce n’était pas pour moi . Par suivisme , par snobisme anti -français, par bêtise ? Je ne sais pas , un mélange de tout ça surement … Je connaissais le nom, je savais à peu près ce qu’ils faisaient, j’ai même eu plusieurs occasions de les voir. Mais ça ne m’intéressait pas . Je devais surement penser qu’un énième groupe de pop anglaise était plus intéressant , ou tout simplement , je n’étais pas prêt .
A vrai dire, ce disque est un parfait exemple , en ce qui me concerne , du temps qu’il faut pour comprendre , accepter et digérer un disque . C’est assez évident quand on y pense, mais ce n’est pas forcément facile de passer de la pop geignarde de Brighter au post punk abrasif de Sloy . Dans un registre dérivé du hardcore , j’avais pourtant adoré Slint en son temps , mais là où Slint avançait lentement et sournoisement pour construire sa toile d’araignée, Sloy avait quelque chose de beaucoup plus frontal auquel j’étais peu habitué . Comme une bonne paire de claques dans la gueule . Et je n’étais pas un enfant battu ! Plutôt un mélancolique inconsolable .
Je ne saurais dire exactement quand Sloy est devenu fréquentable à mes oreilles , ce qui est sûr c’est qu’ils n’existaient déjà plus . Approximativement , je daterais cela au début des années 2000 , quand la nouvelle vague de post punk a débarqué et m’a permis de mettre un peu de rondeur, de folie dans les préjugés que j‘avais de cette scène, qui se résumait pour moi au versant sombre et dépressif de Cure, Joy division , X mal Deutschland , Sisters of Mercy … j’en passe et d’autres corbeaux . Je m’étais enfin intéressé de manière assidue à PIL , la compile rough trade post punk volume 1 était passée par là et puis j’étais aussi passé par le post rock et ses explosions parfois très violentes , le Math rock de Chevreuil, le post métal …bref des trucs un peu plus durs … j’étais enfin mûr pour me prendre un direct au creux de l’estomac.
Et j’ai apprécié ça . Au point de l’écouter régulièrement , après avoir cherché longtemps à retrouver les CD . De là à en déduire que je suis devenu maso ou psychopathe , je vous laisse contacter ma psy pour en discuter .
J’écris cette chronique à bord du ferry pour l’Angleterre, le casque sur les oreilles comme un adulescent autiste, et la mer agitée, parfait écho au bordel diffusé dans mes oreilles, m’évite de me lancer dans une danse frénétique et de me vautrer comme une otarie bourrée à la bière à l’écoute des albums de Sloy. Parce que j’ai choisi Plug en chronique, mais le groupe a eu l’excellente idée de ne sortir que trois albums, tous très bons. J’aurais tout aussi bien pu choisir Planet of Tubes ou Electrelite.
Plug, c’est donc le premier album du groupe, sorti en 1995. Sloy viennent de Béziers, s’installent à Rennes et commencent déjà à se faire remarquer en dehors de France. John Peel les invite notamment à enregistrer une Peel Session, et ils font les premières parties de PJ Harvey. Et pour Plug, ils vont chercher Steve Albini à la production.
Ce qui donne un disque qui ne cherche pas vraiment à séduire. C’est sec, tendu, minimal et physique. Il y a quelque chose de très direct dans le son et dans la façon dont les morceaux sont construits. Il y a cette façon de chanter, de hurler d’Armand Gonzalez, comme s’il était poursuivi par un serial killer, ou comme si c’était lui, on ne sait pas trop. Des hurlements cathartiques, comme un coup de pompe en plein tagada. Tout ce que je n’avais pas voulu entendre en 1995, ça fait maintenant 25 ans que ça dure.
- First Animal Pour démarrer et se mettre dans l’ambiance immédiatement, rien de tel que le premier titre de l’album, First Animal, qui démarre sur ce son de batterie bien sec, qui claque d’entrée, avec une voix filtrée qui m’évoque le début du titre Pornography de The Cure… mais on s’en éloigne très vite. C’est rugueux, ça donne d’emblée l’ambiance du disque, on n’est pas pris en traître. À peine 50 secondes : entre la batterie qui martèle, les guitares qui tranchent, la basse obsédante et massive, et cette espèce de chant-cri-hurlement… le headbanging est obligé de démarrer. Si ce n’est pas le cas, veuillez consulter.
- Pop On poursuit l’écoute du disque avec Pop, qui est loin de l’être… pop. La première fois que j’ai entendu ce morceau, je me suis posé des questions sur l’état de santé mentale d’Armand Gonzalez. Les « pop pop pop pop » sortent comme s’ils permettaient de laisser exploser toute la violence contenue dans le couplet, tendu et retenu, qui peut évoquer Jon Spencer Blues Explosion. Une superbe version de ce titre, enregistrée dans le cadre des lives de Nulle part ailleurs, est disponible sur le Net et mérite votre attention.
- Game Game démarre avec un son de guitare métallique. La basse est énorme et on trouve pour la première fois ce plan de batterie qu’on retrouvera plus tard sur d’autres titres de Sloy : saccadé, faisant penser à une mitraillette. Le morceau joue sur les moments de calme et les relâchements explosifs, évoquant Shellac, bien sûr.
- Exactly On poursuit le déroulé de l’album tel qu’il est présenté, montrant ainsi que le tracklisting a été parfaitement pensé. Aujourd’hui, Exactly, sans doute un de mes morceaux préférés de Sloy, parfaitement reconnaissable à ce refrain où la voix de Gonzalez m’aurait fait penser à une alerte de noyade sur le ferry si je ne connaissais pas ce morceau. Entêtant à souhait, on retrouve évidemment toute la lourdeur et l’énergie du groupe. Imparable.
- Many Things (To Wear) Enfin, on termine avec Many Things (To Wear), qui démarre avec un extrait de film, suivi d’un rire inquiétant de Gonzalez, conseillant aux enfants de s’enfuir… Même si vous n’êtes certainement plus des bambins, on vous conseille de rester pour écouter ce dernier titre et laisser, pourquoi pas, si vous le souhaitez, dérouler cet album qui ne souffre d’aucun point faible.



