Puressence — Puressence (1996)

James Mudriczki chante comme si ses chansons étaient trop petites pour lui. C’est sans doute le principal problème de Puressence. Mais c’est aussi, paradoxalement, ce qui fait sa singularité.
Dans la visite des tréfonds de mon Alzheimer naissant, des groupes anglais de la Britpop, je pourrais vous en citer une tonne si je n’avais pas oublié leur nom, voire leur existence.
Puressence est une exception.
Même si je ne sais plus non plus comment j’ai découvert leur premier album, sorti en 1996 chez Island, ce disque éponyme me revient toutefois facilement en tête parce que je l’ai beaucoup écouté.
Je ne l’écoute plus régulièrement. Mais dès que j’en entends un morceau, quelque chose revient immédiatement. Appelez ça de la nostalgie, même si ça n’en est pas. J’appellerai plutôt cela une flamme, une énergie, à l’image de la superbe pochette de leur single India.

Puressence avait un peu tout pour plaire. Ils étaient de Manchester, plutôt beaux gosses, ils avaient le son, un côté épique assumé, mais aussi cette voix si singulière de Mudriczki.

Ils étaient capables de passer d’une caresse à une gifle en un clin d’œil, avec juste ce qu’il faut d’abrasif pour nous titiller les oreilles et juste ce qu’il faut de policé pour plaire au plus grand nombre.

Mais ça ne fut jamais vraiment le cas.

Ils ont cependant acquis un statut de groupe vénéré en Grèce. Le succès y est venu plus tard dans leur carrière, notamment avec Planet Helpless, qui atteindra la quatrième place des charts grecs.
Visiblement pas suffisant , pour que ça parvienne aux oreilles des dévêtus décérébrés ch’tis et autres Marseillais à Mykonos, à notre plus grand regret.
Alors oui, on peut trouver un côté putassier au premier album de Puressence, presque autant qu’à une personnalité politique au Salon de l’agriculture.
On peut aussi leur reprocher d’avoir cherché à remplir les stades à la place de Jim Kerr ou de Bono. Mais à vrai dire, au point où nous en sommes, je préfère des stades remplis pour un concert de U2 que pour un meeting de Marine Le Pen.

On peut leur reprocher leurs pochettes arty qui sentent bon le plan marketing.

Certes.
Et pourtant, ce ne sont pas des défauts rédhibitoires à mes oreilles .
À l’échelle de mes oublis chroniques ou de chroniques, cet album reste quand même un disque qui compte suffisamment pour que je m’en souvienne et que je le pose et propose aujourd’hui sur la platine de Roule Galette.

Cette ambition avouée ne me dérange pas.
Au contraire. Il y a des moments où cette démesure fonctionne parfaitement. Les chansons peuvent devenir lyriques, denses, énormes, et c’est justement ce qui leur donne leur force.
Les guitares, elles, ont quelque chose de rugueux dans ce premier album. Elles ne sont pas là uniquement pour fabriquer de grands paysages. Elles frottent, saturent, accrochent.
Les Chameleons ne sont jamais trop loin, et certaines textures peuvent aussi rappeler le Verve de A Storm in Heaven — surtout dans cette façon qu’ont les guitares de produire une matière autour des chansons plutôt que de simplement les accompagner.
Et puis il y a cette basse, très présente elle aussi, qui me rappelle encore une fois celle du Disintegration de Cure.
Ça pourrait même être parfois un son agaçant.
Mais il participe complètement à l’identité du disque : quelque chose de sombre, profond, mais lourd, qui empêche les morceaux de flotter complètement.
Au milieu de tout ça, Mudriczki a une voix difficile à ignorer.
Elle est immense, souvent perchée très haut, et elle donne aux chansons une dimension supplémentaire.
Même lorsque la musique reste relativement simple, il chante comme s’il fallait lui donner davantage d’espace, comme un Piaf qui demande à sortir de sa cage.
Mais il y a aussi des moments où le groupe ne cherche pas à remplir tout l’espace, et ça rend l’album tout aussi intéressant.
Dans ces chansons plus calmes, plus dépouillées, Mudriczki montre autre chose de sa voix : quelque chose de plus androgyne, presque féminin.
C’est probablement cette coexistence qui me plaît encore aujourd’hui dans ce disque.
Il peut vouloir être immense et, quelques minutes plus tard, devenir beaucoup plus calme.
Il peut avoir des guitares bruyantes et des passages acoustiques.
Il peut donner l’impression de vouloir conquérir un stade et simplement raconter une chanson.

Et puis il y a le reste, quand même. Sur les dix morceaux qui composent le disque une grosse partie tient encore parfaitement la route, trente ans après.
C’est aussi pour cela que je suis retourné écouter le deuxième album récemment.
Je ne l’avais pas vraiment réécouté depuis son achat. Et là, je me suis rappelé pourquoi je ne m’en souvenais pas.
Le son était devenu beaucoup trop poli pour que je continue d’y croire. Les aspérités avaient en partie disparu. Tout semblait plus propre, plus maîtrisé, peut-être aussi plus facile à aimer.
Ce ne fut pas mon cas.

Alors retour sur Puressence , pour ce 42 ème épisode de Roule Galette .

I Suppose

Je suppose que I Suppose doit être le premier morceau de Puressence que j’ai connu. Je n’en mettrais pas ma main à couper, évidemment, je ne voudrais pas assombrir le tableau clinique du chroniqueur , déjà bien mal en point.
Je me souviens vaguement du maxi. Mon pote Manu — celui qui m’a récemment reparlé de Puressence à propos du deuxième album — l’avait trouvé à Lille, rue de la Clé, chez un disquaire qui était un ancien vendeur de le boucherie Moderne. Le gars en avait trois ou quatre exemplaires. Évidemment, quand j’ai voulu aller l’acheter, il n’en avait plus.
Je n’ai donc jamais mis la main sur le maxi de I Suppose. Et ça, trente ans après, ça m’emmerde toujours un peu. Mais, bon , ça ne m’empêche pas de dormir quand même après 3 temesta et 2 Stillnox .
Le morceau, lui, contient déjà beaucoup de ce qui me plaît chez Puressence. La basse obsédante , le Delay de guitare ,la voix androgyne , les guitares saturées, l’énergie et le côté ouin ouin qui me sied parfaitement . Je vais bien , j’ suis sur que ça va aller , c’est, après tout , ce que tout le monde souhaite entendre , non ? Donc , je suppose que je vais bien . Pas vous ?

Mr brown

Mr brown , un morceau bien tendu , avec cette rythmique assez en avant , des guitares atmosphériques et une tension qui évoque une rencontre impromptue .On est loin du grand morceau fait pour lever les bras dans un stade. Ici, on est plutôt dans une rue mal éclairée, avec une histoire qui pourrait mal finir. Et elle finit d’ailleurs assez mal, si l’on s’intéresse aux paroles. Mr Brown raconte une rencontre qui tourne à la menace, avec de l’argent, des mensonges et cette fameuse histoire de « rubies in the glass ». Quelques années plus tard, Let Down reviendra d’ailleurs sur le personnage en annonçant sa mort.

Fire

Fire est un classique de Puressence, sorti en single. Il démarre sur une basse très référencée Cure, avant de laisser place à la voix androgyne de Mudriczki et de s’ouvrir sur un refrain épique qui aurait pu enflammer les stades… Pour un titre qui s’appelle Fire, ça aurait pu marcher. Il est désormais interdit d’écouter ce titre près des forêts.

Every House on Every Street

Every House on Every Street est un morceau plus acoustique de l’album, lorgnant moins vers le côté héroïque ou épique du groupe. Pas d’envolée de guitares ici. Au contraire, tout donne l’impression que le morceau cherche à disparaître au fur et à mesure de sa construction, allant même jusqu’à un refrain a cappella. Un morceau moins immédiat, mais tout aussi réussi.

India

Pour terminer, India, autre morceau sorti en single, particulièrement épique. La guitare d’entrée peut faire penser à celle de John McGeoch dans Arabian Knights de Siouxsie and the Banshees. Un titre à écouter très fort, qui alterne passages tendus et relâchés, avec cette fin épique : you can’t come back this time.
C’est le dernier titre de l’album et le dernier titre de la semaine ? On se retrouve la semaine prochaine, mais pour un autre album dans Roule Galette.